…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Mise à jour sociale

mise en ligne : lundi 20 novembre 2017

14 novembre 2017

Projet fou : écrire le journal du Journal de la crise (2006, 2007, 2008) de Laurent Grisel, à douze ans de distance. Tout y est d’aujourd’hui : les réformes anti-sociales, la répression policière. Des souvenirs inattendus : Chirac président et Sarkozy pas encore président, Hollande dans l’opposition, Macron inexistant, même pas sous forme de silhouette, rien. Qui se souvient de l’affaire Arcelor-Mittal ?

Lundi 23 janvier 2006

[...]

Des gens que nous ne connaissons pas font des choses que nous ne comprenons pas qui viendront nous toucher quand ce sera trop tard.

[...]

Lecture de Peter Weiss à la galerie des AAB. Je ne sais pas si les lectures font penser, parfois, à l’actualité. Je ne peux m’en empêcher. Cette fois-ci, ce fut à la lecture de cette phrase : « Mais l’adversaire ne visait pas seulement la destruction matérielle, il voulait aussi effacer tous les fondements éthiques » (p.336). Je pense à notre régime qui — dans une atmosphère amplifiée délibérément d’anxiété et de sauve-qui-peut, de compassion pour le lointain et d’ordre moral pour le proche — envoie ses policiers et fait donner ses juges contre des habitants de Calais qui ont offert l’hospitalité à des réfugiés.

[...]

Mercredi 25 janvier 2006

Palestine, élections législatives, défaite du Fatah le parti de Yasser Arafat, insulté puis mort, cette défaite électorale du mouvement qu’il a laissé derrière lui comme conclusion de ce processus, victoire du mouvement Hamas aux élections législatives, ils obtiennent 42,9% des suffrages exprimés. Les États-Unis et l’UE menacent de ne pas traiter avec le Hamas s’il n’abandonne pas la violence et ne reconnaît pas l’État d’Israël.

Ils veulent faire avec le Hamas ce qu’ils ont fait avec Yasser Arafat, jouer l’insulte, l’illégitimité. Ce sont les mêmes qui exigent la reconnaissance. Personne ne voit l’absurdité d’exiger la reconnaissance de la part de celui que l’on ne reconnaît pas. Personne non plus ne semble ressentir le lien qui existe entre une actuelle dénégation symbolique et les meurtres qui suivront. Le meurtre symbolique prépare les meurtres physiques.

C’est parce que la lecture politique de Laurent Grisel ne se laisse pas prendre dans l’actualité, dans le présent qui efface tout, mais que sa connaissance de l’histoire politique lui donne une distance de lecture qui éclaire tout, et dézingue tout, aussi. Ce qui me plaît aussi, dans ce détachement, c’est que je retrouve quelque chose qui me parle, le fait de ne rien comprendre, d’avoir milité et de ne plus, mais d’essayer, toujours de comprendre, et paradoxalement [1] de vouloir faire quelque chose hors du cadre militant — que personnellement je ne peux pas supporter.

Je suis ignorant. Il y a si longtemps que je ne milite plus. J’écris ce journal, c’est comme si je regardais, revenu d’un grand voyage, comme si je me demandais « Que se passe-t-il ? Quoi faire ? Où puis-je être utile ? »

Et cette lecture politique de ce qui nous arrive est entrecoupée de ce qui arrive à la langue, par des rencontres que fait l’auteur autour de son travail, ses réflexions sur l’écriture

[...] le temps du stylo ou du clavier ne représente presque rien ou si peu au regard de tout le reste du temps d’écriture.

Pas seulement dans l’écriture : l’immense durée des prises de conscience ; il faut beaucoup de faits identiques ou analogues, de multiples petits faits décisifs, on en vient progressivement à ne plus croire les avis autorisés, on prend plus de temps encore à se faire une idée sur les événements. Se faire une idée, se faire un monde.

Et puis c’est très riche, je n’en suis qu’en avril 2006 et j’ai déjà tout ça à dire, à extraire ici.

Dimanche 2 avril 2006

Deux lycées se regroupent, sont rejoints par un troisième, vont en cortège chercher le quatrième. Le journaliste s’intéresse de très près, selon la consigne, aux désordres possibles puisqu’il ne s’en produit pas. « Certains n’ont rien à revendiquer, explique un policier. Ils essaient juste de s’emparer de la tête du cortège pour faire dégénérer la manifestation. On les surveille comme le lait sur le feu. » Tout le reste d’un paternalisme de la même eau. La substitution des policiers aux manifestants est accomplie.

*

C’est peut-être cette lecture qui fait que, ayant simplement besoin d’écrire l’année de l’élection de Macron j’ai été pris d’un doute... 2017 ? Je me suis dit, 2017 ? Non, c’est cette année, or il est là depuis beaucoup plus longtemps ! 2016 seulement ? J’ai dû, vraiment, faire une recherche pour constater qu’il n’était là que depuis six mois alors que j’ai l’impression qu’il est là depuis dix ans.

*

La Crise est la fonction périodique du temps la plus parfaite, un quartz qui résonne dans nos vies, à travers nos peaux.

Quand le marché des partis politiques est saturé, La Crise invente un nouveau parti.

La Crise remanie les cerveaux chaque fois qu’il le faut.

La Crise installe automatiquement ses mises à jour sociales. (Fallait pas cocher sans lire.)

*

Maintenant, en se connectant ici à mon site, les gens qui s’abonnent là à partir de 1€/mois ont accès via mot de passe à cette page de textes réservés ; ça parait un peu compliqué dit comme ça. Peut-être pour ça qu’il y a si peu de peu monde. Le numérique essaie encore de trouver des formes, des modèles, on essaie, on tente, on recommence.

[1] littéralement

Mots-clés

politique   Laurent Grisel   écrire  
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