…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Pourquoi éduquer ?

mise en ligne : jeudi 30 novembre 2017

26 novembre 2017

Les pierres roulaient sous leurs pieds, leurs ailes battaient l’air inutilement, la nuit pesait sur leurs corps comme une malle de culpabilité. D’invisibles et hautes herbes faisaient siffler le vent et, dépourvus de plumes comme ils étaient, maintenant qu’ils les avaient arrachées de leurs mains nues, la fuite n’était possible que dans les directions plates, les requêtes cryptées au Réseau, la prière pour soi.

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Pourquoi éduquer, pourquoi accompagner dans l’apprentissage subtil et bouleversant de la faculté de juger, quand il suffit du préjugé pour convaincre ?

Toujours en plein dans Le Journal de la crise. Comprendre que ça a bien plus basculé en 2006-2007 qu’en 2002, ce vote décomplexé pour les idées d’extrême-droite, quand Sarkozy a dit, en substance, ce que Laurent Grisel met en lumière ici :

[...]Le Pen ne parviendra pas au pouvoir. Il ne mettra donc pas en œuvre vos idées. Tandis que moi, N. S., je gagnerai les élections, grâce à vous, et je mettrai en œuvre vos idées. Oui, celles énoncées par M. Le Pen. Il leur fait cette promesse : votez pour moi, vous triompherez.

Le souci avec le préjugé, c’est qu’il est nécessaire, il est là et ne peut pas ne pas exister, c’est même la base sans laquelle un jugement est impossible à construire, il "le précède", comme son nom l’indique mais ce n’est pas rien de le remarquer. Comme s’il fallait partir de là et aller vers une pensée plus construite qui a besoin de temps, de preuves, mais qui part d’un socle commun, comme si les préjugés étaient un ciment humain. Hannah Arendt : "il n’existe pratiquement pas de formation sociale qui ne s’appuie plus ou moins sur les préjugés, en fonction desquels certaines catégories d’hommes sont acceptées et d’autres rejetées. Plus un homme est libre de tout préjugé, moins il sera adapté à la vie purement sociale."

Car les préjugés que nous partageons tous, qui sont pour nous des évidences et auxquels nous pouvons nous référer mutuellement dans la conversation sans être pour autant obligés de nous en expliquer préalablement en détail, représentent eux-mêmes quelque chose de politique au sens le plus général du mot, à savoir quelque chose qui fait partie intégrante du domaine des affaires humaines dans lequel nous nous mouvons quotidiennement.

— Hannah Arendt dans Qu’est-ce que la politique ? Fragment 2b, Chapitre I.

Arendt explique ainsi que le préjugé n’est fondé sur aucune expérience, détaché de la personne qui le porte, il peut donc "très facilement rencontrer l’adhésion d’autres personnes sans même devoir se plier aux exigences de la persuasion."

Alors, pourquoi éduquer ? Est-ce que cela n’explique beaucoup de ce que le Pouvoir entend faire de l’éducation : un moyen de transformer l’individu en prêt-à-emploi pour le marché du travail, non en citoyen capable de jugement ? Ou à condition que ce jugement soit comme celui proposé par Ombrage dans Harry Potter et L’Ordre du Phénix...

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Au contraire, si, en fait, bien sûr, il y a des points communs bien pesants, ces répétitions dont je fais usage, anaphores, et autres litanies, peut-être que j’en arrive au bout, de ce système, c’est sûr ; peut-être aussi que c’est le signe que je sais enfin écrire, quand j’utilise les mêmes trucs pour en tirer des livres différents qui en fait son bel et bien pareils !

Je ne sais pas. Dans Village, je retrouve les passages piqués à deux ou trois livres, non cités, parce qu’ils me plaisaient, comme un hommage silencieux, mais soudain, la peur de me faire taxer de plagiaire. Il y a Bergounioux et Claro ; seul Pierre Garnier ne me ferait pas de procès parce qu’il est déjà cité en épigraphe, et d’autre par il est mort pendant l’écriture de mon livre.

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Le 2 mai 2006 : "40169 espèces animales sont suivies, 16 119 sont menacées d’extinction" ; alors on savait déjà ? J’ai l’impression que ça ne fait que 3 ou 4 ans qu’on en parle.

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