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Présent inadmissible

mise en ligne : mercredi 10 janvier 2018

8 janvier 2018

Dans Le Hêtre et le bouleau, sous-titré essai sur la tristesse européenne, Camille de Toledo se demande, à propos du monument à la mémoire de l’Holocauste à Berlin, quand il y voit les touristes et leurs pique-niques, ce « remue-ménage de l’existence survolant le symbole de la mort du judaïsme européen », ceci :
« quel projet spirtiuel peut naître de la convocation éternelle du passé ? »

Deviner ce qui tombe en plus du Mur.

Son livre commence par relever la tristesse qui s’est emparé des deux côtés de l’Europe après la Chute du Mur. Et c’est une tristesse semblable que j’ai ressenti sans pouvoir la nommer, parce que je n’avais pas lu son livre, quand j’ai découvert, en novembre dernier, la récente reconstruction de Dresde à la mode d’avant guerre.

La pédagogie du XXe siècle, obnubilée par la non-reproduction des crimes, nous interdit d’expérimenter des avenirs possibles. Non seulement, donc, elle ne parvient pas à contenir ce qu’elle voudrait contenir, la xénophobie, le nationalisme, l’antisémitisme, mais encore condamne-t-elle à la suspicion l’idée du sens, du projet humain, de l’utopie désirable. Elle coupe ainsi désir de transformation et bloque, neutralise un des fondements les plus puissants de l’être : cet au-delà du monde dans le monde, levier spirituel sans lequel la vie devient intolérable, le présent inadmissible, la répétition insupportable.

Au passage, me dérange un peu, ce sujet, "la pédagogie du XXe siècle". Est-ce que ce n’est pas une analyse un peu rapide, un peu vague, un peu englobante, un peu comme de dire "l’époque", car : quelle est cette pédagogie ? Bien sûr c’est tout le sujet du livre que de parler de notre époque de changement de siècle, mais qu’est-ce que ça veut dire, au fond, vraiment, "l’époque" ? Est-il possible d’en faire un sujet ? Cette "pédagogie", qui la dispense et dans quel intérêt ? C’est toujours difficile de parler d’un système, d’un phénomène de masse, sans recourir à des sujets englobants qui risquent de manquer quelque chose d’un rapport de force plus direct, de classe contre classe, avec des responsables précis pour des actes précis ; une loi, un décret, une décision politique, un programme. Car finalement, la pédagogie qui échoue à "contenir" la xénophobie par exemple ressemble à un programme, puisque si peu est fait, d’un point de vue systémique, pour empêcher un racisme d’Etat. Cela dit le verbe qu’il utilise, "contenir", est bien choisi. Il veut bien dire aussi "renfermer", "tenir" pour "assujettir" et le nationalisme parfois se libère, déborde le cadre, on l’a vu.

Difficile de parler de ce qui se passe, mais indispensable aussi. En tous les cas, sa pensée m’émeut toujours, par sa hauteur, sa justesse, son originalité, son exotisme finalement, qui touche juste à des endroits insoupçonnés de nos émotions politiques, philosophiques. Et c’est vertigineux, bien sûr.

Ailleurs, dans des journaux, radios, de plus en plus l’impression que si l’histoire racontée n’est pas vraie, que si l’on ne peut pas poser la question à l’auteur de son rapport réel à ce qu’il raconte, l’intérêt critique se perd. Parce que c’est intéressant de savoir que Machin a vraiment connu Bidule, que c’est touchant d’imaginer Chose dans telle situation.

*

Dans Les luttes et les rêves, page 181, le 2 mars 1812 à Caen :

Une marchande de légumes prend même à partie le maire de Caen en le renversant sur un sac de blé.
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