…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Dans les plis d’espace-temps

mise en ligne : samedi 17 mars 2018

4 mars 2018

Je découvre, mais un peu tard — c’est normal, le domaine est jeune si l’on peut dire, assez pour qu’il en existe encore peu de vulgarisation — la gravité quantique à boucles. Ça me plaît, quelque chose dedans ressemble à mes planxels, imaginés naissant des cordes de la Théorie du même nom, alors que la gravité quantique à boucle s’y oppose et la raplatit en prenant une nouvelle base de réflexion pour unifier le grand et le petit. Et cette base me parle plus, malgré mon faible savoir, tout fait de vulgarisation dans le domaine, elle paraît plus simple, plus "élégante" comme on dit en mathématiques. C’est une meilleure histoire, disons, cette gravité quantique à boucle, car il n’y a pas de dimensions supplémentaires invoquées comme en Théorie des cordes, tout part de ce qui a été déjà prouvé expérimentalement, tout ou partie, alors qu’en théorie des cordes je crois qu’on attend toujours. Ce que calcule la gravité quantique à boucle colle avec les observations d’expansion de l’Univers par exemple ; et d’autres choses aussi.

Surtout, en gravité quantique à boucles, l’espace-temps reste l’image à grande échelle, connue depuis Einstein, de ce drap tendu déformé par les corps, tandis qu’au niveau quantique il devient discret, non-continu, ça veut dire fait de zones non-continue. L’espace-temps est rugueux, en relief, sa structure à l’échelle de Planck (le plus petit espace possible que l’on peut mettre dans les équations pour qu’elles tiennent la route, l’au-delà dans l’infiniment petit) des points plus qu’une surface ou un volume, des points d’espace-temps.

Dans un résultat d’équation qui conduit à cette hypothèse, il n’y a pas de variable temps pour décrire notre Univers. Voilà qui laisse rêveur. [1]

En fait ce serait peut-être vraiment ça l’Univers, cet espace-temps-matrice de points, réseau d’emplacements où des changements d’état circulent et prennent place, se bousculent, sans trop rien savoir du temps. Quelque chose qui se transmet, se modifie plus exactement, au niveau quantique, d’un point minuscule au suivant, montrant à grande échelle un objet bouger, mais c’est une pure vision. [2]

*

Nous n’avons ici, dit-elle, qu’un soleil par mois, et pour peu de temps. On se frotte les yeux des jours en avance. Mais en vain. Temps inexorable. Soleil n’arrive qu’en son heure.

Ensuite on a un monde de choses à faire, tant qu’il y a de la clarté, si bien qu’on a à peine le temps de se regarder un peu.

La contrariété, pour nous, dans la nuit, c’est quand il faut travailler, et il le faut : il naît des nains continuellement.

Henri Michaux, Je vous écris d’un pays lointain.

*

Plus j’en lis, des choses sur les particules, plus je comprends — on le sait depuis longtemps mais ça va encore plus loin — qu’il n’y a pas de particules en tant que petits objets, ni même peut-être d’énergie, rien que des valeurs mesurables qui apparaissent dans les appareils, que l’on peut lire, des états qui apparaissent sur quelque chose, cet espace-temps rugueux qui soutient tout, comme un écran où des pixels s’allument avec différentes propriétés pour restituer un monde visible.

Les photons, cette grande chance, de pouvoir y voir — plus ou moins — clair.

Ce qu’on voit, la matière, c’est autre chose. On peut se dire que les quarks sont insécables, ou penser qu’ils le sont, en fait ils ne sont pas, ils sont ce qu’un atome d’espace-temps va montrer comme information qu’il a reçu, ce que l’on traduit par énergie, ou particule. C’est peut-être de la taille d’un quark, auquel cas on croit qu’il y a un quark, mais il n’y a qu’un affichage lumineux signifiant "il y a ici ce que tu appelles quark", on dit "énergie", mais c’est encore moins que ça. Il n’y a rien.

On pourrait verser dans le soupçon, soupçonner les théoriciens de la physique quantique d’être parfaitement conscient de ça depuis des années mais de rien dire, ou de ne pas arriver à se faire comprendre. La matière, ce n’est pas seulement le vide comme on le sait grâce à ces mêmes physiciens depuis longtemps déjà — et c’était déjà une violence — mais le mouvement n’existe pas, il n’y a que des changements, opérés en tel ou tel atome d’espace-temps où il se trouve que mon moi est passé — mais est-ce encore vraiment moi ou l’ensemble des informations qui constituent ce que je et d’autres appelons moi ? Cette nécessité de se reconstruire, de se réapprendre, chaque jour, chaque instant, vient-elle donc de là ?

*

Enfouissons la Terre dans les replis de l’espace-temps, pour dissimuler sa pollution, la honte de nos systèmes politiques, notre manque d’avenir.

Regardez cette planète habitée ! Malheureusement nous ne pouvons prendre contact avec eux, ils n’en sont qu’au stade du meurtre et de l’entre-dévorement inter et intra-espèces.

*

Penser, vivre, mer peu distincte ;
Moi — ça — tremble,
Infini incessamment qui tressaille.

Ombres de mondes infimes,
ombres d’ombres,
cendres d’ailes.

Pensées à la nage merveilleuse,
qui glissez en nous, entre nous, loin de nous,
loin de nous éclairer, loin de rien pénétrer ;

étrangères en nos maisons,
toujours à colporter,
poussières pour nous distraire et nous éparpiller la vie.

Henri Michaux, Pensées.

[1] C’est aussi ce nouveau domaine qui a mis dans le langage le Big bounce, expliquant que cet espace-temps discret ne peut-être compressé au-delà d’une certaine densité, ça résiste et explose, et avant le Big bang il y aurait eu une compression de l’Univers. Il y aurait même moyen de le prouver, grâce à une détection d’ondes gravitationnelles que l’on reconnaîtrait comme venant du temps du grand écrasement. Aurélien Barrau en parle ici.

[2] La chaîne Science étonnante ne dit pas ça, bien sûr ; je ne devrais peut-être pas vulgariser de la vulgarisation, enfin, c’est ici et c’est mieux dit.

Mots-clés

temps   Henri Michaux   paradoxe   philosophie   distance  
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