…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Désir détruire

mise en ligne : lundi 28 mai 2018

12 mai 2018

Emilio Gentile explique [1] que le "futur" est un élément essentiel de la doctrine fasciste, qui ne se retrouve pas dans les autres mouvements non-démocratiques. C’est différent du totalitarisme, où il est pourtant aussi question du contrôle du temps, mais d’une autre manière : l’arrêt du temps, la maîtrise du passé en le réécrivant, la maîtrise du présent par diverses répressions, contraintes, emprisonnements, empêchement de modifier le cours du temps qui transforme tous les temps possibles en un présent éternel : fin de l’Histoire, impossibilité de contester et de développer autre chose que le présent du Pouvoir lui-même.

Arendt : "Ce n’est que lorsqu’on dérobe aux nouveaux venus leur spontanéité, leur droit de commencer quelque chose de nouveau, que le cours du monde peut être déterminé et prévu."

Le fascisme n’interdit pas le futur, au contraire, il s’agit précisément de construire un futur qui sorte absolument du présent. Gentile distingue le fascisme des mouvements "réactionnaires" et "conservateurs", qui pensent le futur plutôt comme une continuation d’un passé sage et préférable à tout changement. Le fascisme entend améliorer le monde à sa manière et pour cela il lui faut renverser un ordre établi, pour en créer un nouveau, avec une propagande sur le "futur". Cela participe de ce que certains historiens ont appelé une "révolution" fasciste. Autrement dit une révolution sans progrès social, réservée principalement aux riches, et aux riches nationaux, car l’élément nationaliste est bien sûr central. Une révolution qui renverse la démocratie, balaie le communisme, intègre les syndicats et partis dans une seule structure étatique totale. Une révolution qui modifie bien les règles du jeu politique et social, et cela pour le pire.

Transistor Grundig yacht boy 10, avec le tableau de fréquences par bande d’ondes.
J’ai même trouvé une vidéo :

J’ai d’abord cru à une antiquité astucieuse, avec ce curseur oblique, qui en fait est cassé et doit être vertical. Mais ce modèle est de 2007 ou 2008.

*

28 mai 2018

Et puis après les événements d’Arago, je lis ceci : " A quoi bon la justice si la police s’est déjà prononcée et fait exécuter quarante-huit heures de détention ?" — Olivier Long, dans lundi.am. Je ne sais pas s’il s’agit d’une première, d’arrêter des mineurs pour des faits non encore commis, à part celui d’être entrer dans un lycée, arrêtés et placés en garde à vue "pour intrusion dans un bâtiment public avec intention de dégradation".

Et puis, en effectuant quelques recherches pour écrire cette présente entrée de mon journal éclaté, je ne trouve mention de cette expression, "intention de dégradation", dans aucun journal. Elle vient du procès verbal d’arrestation semble-t-il et n’a été reprise, à partir des témoignages des lycéens arrêtés et de leurs proches, que par des militants, des proches, la famille. Je ne comprends pas trop. Cette expression de l’intention a-t-elle bien été utilisée ? Si oui, pourquoi ne pas la retrouver ? Si non, comment peut-elle avoir été relayée — ça ne s’invente pas ?

"La passion politique et policière du gaz lacrymogène n’est-elle pas la parfaite métaphore de ce fascisme à l’état gazeux ?"

*

 ?? 2016
note retrouvée

Les enfants du désir sont-ils capables de détruire la société ?

(j’ai entendu quelque chose comme ça, à la radio je crois, mais oublié quand, qui, comment.)

Avant, c’était : on a pas demandé à venir au monde, ni même nos parents, personne a voulu ça, les seuls que ça intéresse, ce sont les capitalistes qui exploitent notre force de travail, utilisent notre nombre comme une armée pour grossir leur bénéfice ; alors on peut tout casser et faire de ce monde le nôtre, on peut même les tuer s’il le faut, surtout que papa et maman sont morts à l’usine ou au front. La révolution était possible, elle a vécu d’ailleurs, toujours écrasée, trahie, manipulée, mais elle a existé.

Maintenant, ce serait plutôt : on a demandé à venir au monde, parce que nos parents l’ont voulu et d’être heureux comme ça du désir de nos parents et réciproquement fait qu’on ne va tout de même pas détruire ça. En plus nous sommes acteurs du système, nos talents participent au progrès, c’est le futur qui se révolutionne de lui-même chaque jour sans que nous ayons rien à faire ; et puis, qui nous protégera si nous tuons papa et maman quand le monde ailleurs est si menaçant ? On ne change rien car la société est bien dirigée. La révolution sera écrasée, parce que c’est une idée en toc, pourquoi risquer sa vie, pour quoi et pour qui ? On est pas si mal là, le XXé siècle c’était vraiment l’enfer.

La force du système à abattre, c’est qu’il s’impose comme légitime et prétendument compatible avec des contre-pouvoirs à investir, toutes ces élections, tout ce temps qu’il passe à parler, et nous à écouter, et avec tout ce qu’il a de nécessaire parce qu’on est en vie et qu’on mange encore à notre faim (malgré les pesticides et les OGM) et qu’il ne faut pas arracher la chemise des patrons.

Nous doutons de notre légitimité, nous doutons de notre violence, nous avons peur de cette violence physique quand nous subissons la violence de classe — ça continue, il faudra bien que cela cesse et qu’un jour la fin justifie les moyens ? Mais c’est qu’en face, la violence physique, elle est libre, légitime, c’est la violence d’État et ça marche, les manifs lycéennes de 2017 ont été écrasées, écrasées, et ça a marché bien sûr, personne n’a envie de se prendre des coups.

 

 

Un pouvoir ne tombe pas quand on ne lui obéit plus ou plus complètement, mais quand il cesse de donner des ordres.
— Giorgio Agamben, Qu’est-ce que le commandement. Payot-Rivages.

 

 

[1] Dans son livre Qu’est-ce que le fascisme ?. Extrait de la présentation éditeur : "fut-il un mouvement autonome ou l’instrument d’autres forces ? Eut-il une idéologie et une culture ? Fut-il moderne ou antimoderne, révolutionnaire ou réactionnaire, autoritaire ou totalitaire ? Fut-il spécifiquement italien ou international ? Faut-il parler de « fascisme », c’est-à-dire d’un phénomène unique avec de nombreuses variantes, telles les branches d’un même arbre, ou au contraire de « fascismes », comme autant d’arbres différents partageant des caractéristiques communes ?"

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