…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Hors champ

mise en ligne : mardi 23 mars 2010

Voici un texte que j’avais proposé pour Hors champ, rebaptisé Échap, un projet d’étudiants en Master 2 édition à la Sorbonne, écrire à partir d’une photo. La liste des auteurs choisis laisse augurer de bonnes surprises, nous verrons.

La mise en ligne du site était le 16 mars, la revue sort le 25 mars, sans ce texte, qui peut se lire en marge, comme celui de Pierre Ménard, la contrainte était je crois, en plus de la photo elle-même : "qui est cette femme derrière la vitre").



Hors champ, 1

Le temps sans sa durée
Le lieu sans son armée
Ton cœur sans la distance
Ta main sans son frisson
    Tendu comme une vitre
        Qu’on ne verrait pas
La nuit sans l’absence
La syntaxe sans raison
Ta paume sans mon baiser
    Ebloui et perdu
Mon trajet sans un chemin
    Derrière le reflet qui cache
    Le regard raté par
Un cadre sans dehors
Un dedans sans doute
    Qu’une peur
non dite


Hors Champ, 2

Les yeux scrutent peut-être leur propre reflet sur la vitre.
Après avoir essayé d’aller plus loin, que l’opaque sombre.
Dans quelle vague se perdre.
Derrière la vitre, derrière nous (notre regard déjà supposé dans la scène) qu’y a-t-il d’autre que bientôt la buée de sa bouche bée ? Recouvrira nos regards jamais croisés.
Existe-t-il un hors champ de l’écriture ? Qu’est-ce qu’une page de mots pourrait ne pas cadrer ? Il semble que rien ne peut se situer hors de l’espace de la page, hors du volume du livre, hors du monde de la lecture. Une scène peut être décrite partiellement, une porte peut ne jamais s’ouvrir, un regard ne voir qu’une partie du paysage – mais à la lecture nous ne verrons que la page, pleine d’un texte complet, des mots graphiquement bien en place, géographiquement bien répartis, desquels il nous semble que, nécessairement, rien ne peut manquer, comme si nous y étions. Tout est là, ce monde est complet, nous pouvons nous y plonger, nous identifier, nous perdre aussi. Notre quotidien n’a pas d’hors-champ, croyons-nous. Nous ne nous demandons pas : « quel hors champ à ma vie ? » Lire entre les lignes, voilà sans doute ce lieu, subliminal comme celui de la photo et d’un banal tel qu’on ne le dit plus, que l’on y pense plus, tellement qu’alors combien perd-t-on, si tout, se dit-on, est là ?

Faudrait-il casser syntaxe po
ur alerter et peut-être vide
sur un bord de bordure
comme photo cadrage qui
dépasserait pas, d’une lim
et ferait, peut-être, qui sait s-

stionner car surprenant au milieu d’un espace bien défini et habituel cela éveillerait le spectateur de sa lecture, et les questions alors briseraient la vitre opaque de buée, les néons éclateraient ; et soudain dehors, dans les pétales et les parfums printaniers, au vent de la poésie, les images dansent avec les pensées.

Mots-clés

revue   écrire   temps  
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