…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

Accueil combat

mise en ligne : mardi 23 octobre 2018

17-19 octobre 2018

La langue de l’hôte, hospitalité contre repli, thème d’une soirée, conférence de Marie Cosnay et de membres de Buddy System Refugiés (qu’on peut aider jusqu’au 29 juin 2019 ici via Leetchi), dans une salle de la médiathèque du centre ville de Poitiers. Des paroles d’aidants sur ce qu’est l’accueil, sur la langue qui n’est ni un obstacle ni une réponse miracle. Marie Cosnay faisait ici une "déclaration d’impuissance", au moment où le Pouvoir dit ne rien pouvoir faire, il s’agit de déclarer que nous ne sommes pas le Pouvoir mais que nous pouvons. La loi morale de chacun peut alors se hisser au-dessus de la loi des hommes. Quelqu’un parlera d’un "impératif moral" à accueillir et contourner la loi. Autre chose : sur les gens qui cherchent à passer, passent, et suivent leur chemin de migration, ne rien demander. Je comprends que ce sont les flics qui posent les questions, et que cela déséquilibre l’égalité de la relation d’hôte à hôte qui vient de l’origine même du mot. Et la violence indicible des métaphores, quand les "flux" et vagues "migratoires" sont en réalité aussi des morts par noyade. Des paroles sur l’accueil, les rencontres, les trajets, les difficultés, les joies, les trucs. Je souris et c’est très touchant de voir les étudiants de l’association remercier ensuite Google Translate pour services rendus ! Être contre l’assimilation, qui est une violence, parce que la richesse vient du mélange des cultures. De petits étudiants en droit venus dans la salle pour parasiter, portant en introduction une préoccupation qui se voulait faire vaciller les gauchistes de la salle, en cela aidé par des paroles qu’on peut entendre à gauche sur "l’armée de réserve du capitalisme" que ces migrants aideraient à former etc. [1] (voire sous la forme plus simple "on n’en peut plus" dans des associations accueillantes que le dureté de la situation épuise, divise) débutant comme ça et dérivant ensuite et surtout occupant la parole. Et puis l’inversion systématique de la position de victime, qu’on serait victime ici des migrants qui fuient la guerre et meurent en mer ou dans la montagne puis persécutés ici par la police et l’État. Et puis quelque chose que je ne peux pas dire parce que je crois ce serait de le savoir une arme possible contre eux. Et quelqu’un dit "on a besoin d’aide entre les aidants". Et quelqu’un dit que l’accueil devient quelque chose de dramatique alors qu’il s’agit simplement de gens qui se déplacent et on un désir de ville, de circuler librement.

*

pensées en vrac après cette soirée et ces discussions

René Char, dans Qu’il vive :

Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.

Détruire le système, c’est aussi détruire les partis.
Mais on fait comment, ensuite ?
Il s’agit de faire, c’est tout, sans ce Pouvoir qui ne peut pas.

Dans Village à un moment donné dans une gare j’écris "liberté pour tous" comme si quelqu’un le criait dans le hall, alors que précisément, vu le lieu, j’entendais "liberté de circulation pour tous". Peut-être cette imprécision est-elle comprise, c’est une voix dans une gare, qui s’exprime mal après tout.

Le privilège de s’informer grâce à des sources fiables, des gens directement en lien avec l’action.

*

Le lendemain j’entends Sophie Coiffier dire, pour son écriture, sa lutte contre l’intrigue. Je partage ça tout à fait.

Quelqu’un me dit de lire le feuilleton de Claro dans Le Monde des Livres, sur le dernier livre de Marie Cosnay, Épopée, chez L’Ogre [2].

Autant le flou et l’imprécis peuvent être agaçants dans une narration, le premier ne servant qu’à brouiller les eaux pour les faire paraître profondes, le second ne visant souvent qu’à dissimuler l’inanité du propos, autant l’instable et l’indécidable peuvent se révéler de puissants et prolifiques moteurs. [...]
Chorégraphier l’instable : c’est précisément que ce fait Marie Cosnay dans son roman intitulé Epopée. Chez elle, quand ça tremble, ce n’est pas du chiqué. Très vite, on a le vertige, puis ce vertige devient un véhicule, on est embarqué, ça secoue, et même quand on a l’impression d’avancer dans la brume, force est de constater que ladite brume a été ciselée dans du cristal.

[1] "La bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires[https://www.lesinrocks.com/2018/09/...]."

[2] à propos de Cordelia la guerre et de Sanza Lettere.

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