…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

Rien au Village

mise en ligne : mardi 20 novembre 2018

8 novembre 2018

J’ai bien fait attention, pour Village, à ne mettre ni personnages ni histoire. J’ai un peu échoué, c’est ce que je comprends quand on me dit qu’il y a des figures qui sont plus que des silhouettes. On me parle même de "personnages". C’est sans doute bien d’avoir échoué ainsi, d’avoir réussi à peupler ce Village, je savais après tout que je ne pouvais pas le décrire de manière figée, et qu’il y aurait des figures. En revanche je pense pouvoir continuer à dire qu’il n’y a pas d’histoire, d’intrigue, de début, de fin, même s’il y a des changements, une progression, un déplacement, un chemin, des cheminements racontés ; un peu comme dans telle ou telle vie, il peut ne rien se passer, pas de scénario, mais quelque chose passe et qu’on appellera, au moment de s’en rappeler une dernière fois, "la vie". Oui, un tel cliché, comme j’aborde dans le livre les clichés qui forment la jeunesse si je puis dire, parce qu’il faut commencer le sens par quelque part avant de les déconstruire pour aller plus loin, ailleurs. En ce sens les exemples de clichés présentés dans le livre correspondraient à la manière dont le livre les montre [1].

Alors il ne se passe rien et quelque chose, j’espère avoir réussi à faire passer ça dans la manière de se former qu’a le texte : son personnage passe dans des choses, à travers ou à côté, le long, en cercle concentriques s’éloignant du Village, y revenant, s’en éloignant un peu plus, jusqu’à, peut-être, la ville, ou l’idée de ville.

Quant à ce qui se passe à la lecture, je ne le sais pas, d’après les retours que j’ai il semblerait que "ça marche", mais d’une manière contemplative peut-être, ce qui correspond à mon sujet de départ qui s’en tenait strictement à décrire un village, façon d’épuisement du lieu perecquien, ou mode d’emploi, zone par zone. Je m’en suis éloigné pour diluer cette contrainte dans autre chose, produire un texte qui me soit plus personnel, non sans le construire selon des séries de descriptions d’intérieurs, d’extérieurs (dans et hors du village), et avec des thèmes qui courent tout au long du livre, et je crois qu’il en reste cette façon d’être dans le Village, qui est, d’après ces retours, une expérience particulière de lecture, qu’on ait grandi ou non dans un village, souvent "on" en a connu un, même un peu, et le chemin se fait de celui-là à celui-ci. Enfin, si c’est le cas, je peux me féliciter d’avoir réussi quelque chose comme ça même si je ne savais exactement vers où j’allais au départ.

[1] Au début de Village, c’est pour ça que j’ai tenu à écrire, après une série de ce que j’appelle clichés : "Tout ça : évidences, clichés, qui semblent faire marcher le monde, et c’est bien là que tu vis, et les clichés sont ton seul bagage de sens."

Mots-clés

écrire   enfance   cliché  
Vous pouvez soutenir mon écriture en achetant un livre, en commandant une Nuit écrite à la main pour vous, en devenant abonné.e à partir de 1 €/mois via Tipee, vous pouvez aussi