…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

Cadre impossible

mise en ligne : samedi 2 mars 2019

18 février 2019

Lire un livre qui ne puisse pas s’expliquer avec les outils de lectures connus, un livre complètement abstrait, impossible. C’est qu’il en existe, à peu près ça disons. Par exemple, dans les livres récemment lus ou en cours. Lonely Men Club, de Mike Kleine, "un roman de cent mille mots généré par ordinateur, à propos d’un voyage temporel du tueur en série le Zodiac. Créé en novembre 2017, lors d’une résidence de 5 jours Inside the Castle". Les Géorgiques de Claude Simon (ou Ulysse de James Joyce), c’est un peu ça, ce côté roman généré à partir d’un ensemble de règles, et qui parle une langue nouvelle, presque non humaine, et qui nous emmène ailleurs, nous éveille. Enfin.

*

Qu’après 12, 13, 14, semaines il se trouve encore des ordures antisémites dans le mouvement est intolérable. Inévitable et intolérable. Inévitable vue la structure en mouvement, on ne peut pas filtrer les présents ni anticiper leurs réactions ; qui est censé savoir qui vient et pourquoi ? C’est l’avantage écrasant d’un parti classique, historique, sur ce mouvement en construction : certains principes préalables. Ces principes prenant en compte le fait que si le raciste vit dans les mêmes conditions et a les mêmes besoins, il a le devoir de fermer sa gueule et de s’en tenir aux revendications, ou alors il dégage. Qu’ils soient encore là n’est pas étonnant, mais qu’ils puissent encore porter leur parole raciste ? Qu’ils se sentent légitime de le faire ? [1] Ces vieux mots d’ordre du mouvement ouvrier : prolétaires de tous les pays etc. S’il existe un cadre où la parole raciste est rendue possible plus de cinq secondes sans se faire jeter dehors, alors le cadre a un problème. L’affaire de samedi dernier révèle ce problème, peut-être trop souvent mis sous le tapis au prétexte que le mouvement se fabrique, est jeune, se cherche etc. Le mouvement Gilets Jaunes, tout indescriptible qu’il soit, est toutefois structuré localement, parfois très localement comme dans une manifestation où il s’agit de mini-cortèges qui quadrillent les rues ; et si ces mini-structures n’empêchent pas ces vociférations racistes on est face à un problème très grave : la structure est raciste. Et de là tout le reste, plus le temps passe, plus l’absence de certaines revendications est un problème : soutien aux chômeurs contre la réforme à venir ? Soutien et accueil aux migrants chassés quotidiennement ? Et même en allant plus loin : conserver la violence du marché libre, de la concurrence non faussée, des règles économiques de l’UE, re-nationalisations, etc. ?

Défendre ceci : "La souffrance des plus faibles est-elle un état naturel contre lequel on ne peut rien ?" [2] à condition qu’il s’agisse vraiment des plus faibles et pas des brutes bornées qui voient en l’Autre toujours l’ennemi, pourquoi leur chercher des excuses ? Ils ont sans doute "appris" comme ça, sans garde-fou, le racisme intégré est une réalité et il faut apprendre, il faut en sortir. S’ils veulent rester, il faut un cadre. Pour apprendre, il faut vouloir apprendre. Sans cadre, ils gagneront et ne sauront pas qu’ils perdent, et tous avec.

[1] Donc, samedi dernier, face à Finkielkraut venu marquer un "point Finkielkraut" comme le nomme André Gunthert sur Facebook, de la même manière que pour Nuit Debout, reparti là avec des insultes antisémites. Plutôt que de se demander pourquoi il vient, sans vouloir nommer sa venue "provocation" comme s’il pouvait s’attendre à la réponse — mais sans doute était-ce prévisible, mais : à ce point ? Coïncidence ? Systématisme ? C’est ce qui inquiète, ici.

[2] A. Gunthert, sur Médiapart.

Mots-clés

lire   politique  
Vous pouvez soutenir mon écriture en achetant un livre, en commandant une Nuit écrite à la main pour vous, en devenant abonné.e à partir de 1 €/mois via Tipee, vous pouvez aussi