…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

Politesse meurtre

mise en ligne : mercredi 3 avril 2019

25 mars 2019

Emmanuel Macron souhaite un « prompt rétablissement » et de la « sagesse » à la manifestante blessée.

« Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits », a notamment déclaré le président français.

AFP.

On lit tout de suite le cynisme, la violence quasi-meurtrière que sous-entend cette déclaration lapidaire, car il ne s’arrête pas à ce que la décence intime, à savoir de souhaiter seulement d’aller mieux à quelqu’un (une militante défilant avec le drapeau arc-en-ciel) qui aurait pu mourir d’une violente chute sur la tête et qu’on a même cru dans le coma, ou qui l’a été quelques minutes ou heures je ne sais pas [1]. Non, il va plus loin et rejette la faute sur la personne, fait la morale, "Si elle était morte, aurait-il sermonné sa tombe ?" (Pascal Riché sur Twitter). Il s’engage également dans une voie légale que l’enquête n’a pas encore déterminé : Geneviève Legay était-elle dans une zone interdite à la manifestation à ce moment-là ? Et même encore, si c’était le cas, alors quoi ? La police a le droit d’assommer ?

Je vois aussi, avant ces paroles, dans le choix des mots les plus simples, cette expression "je lui souhaite un prompt rétablissement". Voilà qui n’est pas très recherché, c’est bien poli, c’est certain mais c’est l’expression la plus simple, basique, automatique de dire les choses, pour un Président qui voudrait montrer de l’empathie, il va un peu vite. Il les a très précisément choisi pour dire : vous ne m’intéressez pas, je me moque de votre santé, de vos vies. Car il utilise beaucoup plus de mots, les choisit autrement, pour tout le volet "sagesse", "comportement responsable", car dans le message c’est ça qui compte bien sûr.

Encore une fois, il est possible de faire pire, encore pire. L’État se résume de plus en plus à : 1 gouvernement + 1 police, travaillant pour : n intérêts privés. Et c’est toujours le lien que j’ai du mal à faire : ces ministres, ces députés, ces soutiens de LREM, n’ont pas d’intérêt personnel, comparé à ceux écrasant des sociétés privées qui profitent des privatisations, cadeaux fiscaux etc. Ils font donc ça par conviction ? Pour se placer plus tard, sans doute, aussi, dans ce secteur privé auquel il aura montré "de quel côté de l’humanité il se place" il obtiendra une bonne situation.

Et ceux qui restent dans ce gouvernement, celles et ceux qui le soutiennent encore épisode après épisode, ce noyau dur qui restera autour de Macron, après tant de mépris, d’insultes, de violences, d’affaires d’État, sera j’en ai peur extrêmement dévoué, violent, sans pitié, sans égard pour ce qu’il nous reste de démocratie, de justice, de raison.

Mots-clés

mort   politique  
Vous pouvez soutenir mon écriture en achetant un livre, en commandant une Nuit écrite à la main pour vous, en devenant abonné.e à partir de 1 €/mois via Tipee, vous pouvez aussi