…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

Résumer ou se taire

mise en ligne : lundi 19 août 2019

12 août 2019

Je m’exerce à résumer L’Homme heureux [1]. Avant, en relisant, en réécrivant, je me posais de terribles questions de structure, est-ce que ça tient ? Est-ce que ça ne ralentit pas ? Est-ce que ça ne va pas trop vite, à cet endroit là ? Guillaume me propose de supprimer un passage, pourquoi je trouvais important de le garder ? C’est bien d’avoir mis plusieurs semaines dessus, c’est bien que Google ait éliminé certains mails, me faisant perdre 1 ou 2 semaines, parce qu’au final j’ai supprimé ce passage, en tout cas réduit, j’espère suffisamment. Alors d’un coup je me dis qu’il doit y avoir d’autres longueurs. Je veux dire, statistiquement, logiquement. Vers la fin surtout (il faut faire attention à la fin), y aller net, direct, sans tourner autour du pot, mais sans rien oublier non plus. Je m’exerce à résumer #Hh et je ne sais pas ce qu’il faudrait divulguer, ce qu’il faudrait sous entendre. Ce qu’il faudrait ajouter aussi : dire quelque chose qui n’est pas dans le livre mais qui permet de l’aborder, quelque chose qui y est absent, mais qui existe quand même par le livre et pas autrement. Ou ne rien dire, bien sûr, jamais rien, il ne faudrait jamais avoir rien à dire de plus que ce qui déjà écrit, mais voilà, nous sommes toujours appelé à "parler du livre", il faudra écrire une quatrième de couverture, etc. Je pense aussi à Pierre Bayard, dans Le Hors-sujet, Proust et la digression, et au fait que l’on peut toujours retirer, même à la Recherche, ou surtout à la Recherche, beaucoup de passages, de scènes, et arriver au résumé à la fois minimal et parfait, exagéré, comme celui de Gérard Genette : "Marcel devient écrivain" ; ou "Marcel finit par devenir écrivain" [2] ; et qu’on serait bien, comme ça.

Et puis j’ai trouvé ça, parmi les lectures qui donnent ce qu’on cherche au moment où on ne le cherchait pas, de Guy Debord :
Nous vivons en enfants perdus nos aventures incomplètes.

[1] #Hh.

[2] Modifié sur une proposition d’Evelyne Birge-Vitz.

Vous pouvez soutenir mon écriture en achetant un livre, en commandant une Nuit écrite à la main pour vous, en devenant abonné.e à partir de 1 €/mois via Tipee, vous pouvez aussi