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Haenel, Yannick. Jan Karski.

mise en ligne : lundi 5 avril 2010

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La vision clignote, elle surgit par saccade. Jan Karski décrit ainsi les deux Allemands : "Deux garçons. Agréables visages. Jeunesses hitlériennes. En uniforme." Dans les phrases de Jan Karski, les deux garçons allemands sont saisis au passé, les juifs sont au présent. "Ils marchaient, dit Jan Karski. À chacun de leur pas, les juifs disparaissent, fuient. Ils bavardaient." Tout à coup, dit Karski, l’un d’eux porte sa main à sa poche, sans réfléchir.

Page 29

Parce que Jan Karski n’en trouve pas d’autre et parce que, s’il ne dit rien, si aucun mot ne vient à son secours, il sera coincé là, dans cette absence de mots, il étouffera.

Page 29

Les phrases de Jan Karski n’ont plus de souffle. Elles sont minuscules, un mot, deux mots, pas plus. Tout à l’heure il récitait avec une lenteur articulée les longues tirades que les deux hommes lui avaient dictées. Maintenant, le langage n’a plus de vie, il ne cherche plus à convaincre ni à expliquer, il ne pourra secourir personne.

Yannick Haenel. Jan Karski. Éditions Gallimard, collection L’Infini. 2009.

Mots-clés

Yannick Haenel   fiction  
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