…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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La disparition du pot de nutella

mise en ligne : lundi 3 décembre 2012

Ce texte, qui fait partie de la série C’est à nous, est disponible en espagnol, traduit par Berta Cancela Díaz, chez Le Bateau, éditeur à Séville, dans un recueil Todo está perdido qui paraît le 4 décembre 2012 ; aux côtés de Christine Jeanney, Emmanuel Delabranche et Christophe Grossi ; et merci à Anne Savelli qui a joué le rôle de passeur

Le 4 décembre 2012, Emmanuel Delabranche sera à Séville, et les autres auteurs seront présents à distance, à travers des images, de sons, comme ici où je fais la lecture de ce texte.

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C’est la marque qui en fait le goût. C’est différent quand c’est un autre nom, comme si les petites noisettes changeaient. Mais si elles changeaient sous le même nom qui le verrait ? Et si elles ne changeaient pas mais que le nom changeait, qui ne dirait-pas que le goût est différent, moins bon ? « C’est pas pareil. » Voici la première force du nutella. Le pot de nutella est lourd car le nutella est dense, tout porte à croire que si le pot de nutella tombait, c’est le carrelage du sol de la cuisine qui serait fendu, et non le nutella ni son pot. La texture de la pâte, dans le court intervalle de temps entre l’ouverture et la première attaque de cuillère (ou de couteau ou de doigt), est d’un brillant lisse, une forme courbe a pu naître par exemple, on l’imagine, au remplissage du pot, dans cette usine immense qui manipule des tonnes de ce produit dans des cuves grandes comme la pièce où nous avons trouvé ce petit pot. Car le nutella se mange dans la cuisine. Nous avons parlé, disserté, écrit et sur le clavier certaines touches sont un peu collantes, il faut dire que le doigt a tartiné puis léché, il a eut le temps. La durée de vie du pot de nutella est faible tant la saisie que le produit fait sur la langue est forte. La langue, dès la première bouchée, est prise, ceci est particulièrement vrai à la cuillère car le nutella se mange la cuillère à l’envers pour que la langue vienne arracher la précieuse pâte du côté ventre qui a été rempli. Les papilles, sous l’effet du sucre et des matières grasses, sont séduites, comme le sont les midinettes d’un spectacle d’étincelles où chantent en playback de beaux garçons qui les regardent droit dans les yeux sans cesser un seul instant de leur sourire. (On peut bien sûr aisément modifier à volonté les combinaisons de sexes de l’exemple précédent.) Sucre et matières grasses, duo gagnant pour bien des produits, le nutella bénéficie de sa couleur chocolat qui fait oublier sa composition, on tombe dans le « bon », c’est « bon » et puis c’est tout, les calories n’entrent pas en ligne de compte, ni les ingrédients, ni les conditions d’exploitation des champs de noisetiers et le travail dans ces champs (imaginer des champs de noisetiers, déjà, rien que ça), ni le transport, ni rien, ni rien du tout car la langue a parlé : elle en reveut comme le poumon reveut une taffe rien qu’une taffe ; et le paquet y passe, et le suivant, et le suivant, et le suivant.

Mots-clés

audio   corps   objet  

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