…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Rêve satiété

mise en ligne : dimanche 29 août 2010

Un rêve obsédant.

Nous sommes tous à table. "Nous" ? Oui, simplement "nous", mais beaucoup. Nous partageons des plats, de grands plats en sauce, il y a de la terre sur la table, nous mangeons en nous servant, en servant les autres, c’est une fête, une communion, presque. Et puis bondissent, depuis leurs chaises, quelques excités, ils sont peu, mais très énervés, ils parlent fort, occupent l’espace, il faut s’arrêter de manger un moment pour les regarder (que faire d’autre ?). Ils baisent dans les plats, violent plus exactement femmes, hommes, enfants que l’on ne voit pas car tous ont la tête dans la sauce ou sont recouverts de terre. Et puis ces quelques là donc, bien habillés, costume à la cool ou strict vieillot, chemise débraillée ou amidonnée, cravate lâche ou nœud pap, qui forniquent en baskets ou en Crockett se mettent à chier partout, dans nos assiettes et dans les plats, où ils continuent de se goinfrer sans mesure. Et "nous" tous autour de la table, nous rions un peu de les voir, c’est surprenant, inattendu, un spectacle auquel nous assistons, depuis nos chaises et puis nettoyons un peu les assiettes qu’ils ont sali, en nous plaignant, en triant dans les poubelles ad hoc (la jaune, la verte etc.) mais pas trop fort, pour ne pas les déranger et puis ceci paraît très normal tout de même et il y a la peur, si on les dérange, qu’ils ne nous violent pareillement, trop, pas trop, et éternellement, restant pardonnables (paternellement ? patronalement ?), nous étouffant dans la terre, dans la sauce des plats, ou dans leur merde qui nous semble avoir quelque chose de merveilleux. Parfois même nous nous excusons, sans savoir pourquoi, nous leur tendons un couvert qu’ils enfoncent dans un cou, dans un œil, ou une serviette qu’ils enfoncent dans une bouche, jusqu’à la gorge, de quelqu’un déjà mort. Ils continuent de se baigner à même les plats, à y baiser, à y pisser, à y chier. Et autour de la table quelques uns, parmi "nous", tombent malade. D’autres, que nous connaissions, ne serait-ce que de vue pour avoir longtemps mangé pas loin, ou simplement les avoir croisés près d’un plat, nous ne les voyons plus, il faut les chercher et personne ne les trouve. Et puis à chercher comme ça, certains parmi nous montent sur la table et soudain, osent, essaient de chier dans les plats, cherchent à baiser comme ceux en cravate de plus en plus débrailler qui, par surprise ou en négociant, les enculent et tout le monde rit un peu car tout cela est bien normal, et puis mieux vaut être d’accord semble-t-il, que de se risquer à, à quoi ? Peu importe. Le pantalon baissé, le cul violacé, ceux qui avaient essayé de monter sur la table s’excusent, vomissent un peu et redescendent, parmi eux très peu restent sur la table, hagards, et ils disparaissent bientôt de la circulation. Il y a de plus en plus de merde sur la table. Et finalement de plus en plus de cravates, d’yeux hagards, de culs violacés qui cherchent à en violer d’autres, et ça marche, dirait-on, car ça persiste : il y en a toujours sur la table et toujours plus de merde, ça déborde bientôt et tous les "nous" malades tombent et il faut choisir : se mettre à gueuler, chier, baiser, tout ce que je peux ou crever de faim la merde sortant d’entre mes dents ; rien que ces deux choix, plus rien d’autre à voir

Devant ma main, un mur postiché d’un interrupteur et devant ce pathétique cliché qui est malheureusement tout ce qui reste du monde autour de moi, je me demande : de quelle lumière va être éclairée/assombrie la (s)cène ?

Mots-clés

politique   rêve   corps  
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