…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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La juste voie

mise en ligne : samedi 2 octobre 2010

Car il y a si peu de boutons pour tant d’actions. L’écran, petit, juste, brillant, lumineux, éclairant, à couleurs ou monochrome mais nous préférons les couleurs, affiche rien que l’utile en si peu d’informations, juste ce que nous voulons ; comme s’il savait. Et la forme plastique presque chaude en main, nous souhaiterions que ce fût en bois… et puis non c’est bien comme ça, ce plastique à la couleur choisie d’où nous avons retiré à contre cœur le film protecteur censé préserver encore un peu de l’appareil son aspect neuf, sa nouveauté, son unicité, sa relation privilégiée avec soi nouée au moment de l’achat et dans les moments précédents : réflexion sur le modèle depuis des semaines, lecture des bancs d’essai, comparatifs marque à marque, détails du produit fonction à fonction, projection sur l’usage, rêves éveillés où nous le voyons dans nos mains, et où nous voyons le quidam croisé qui le tient, le tient mal car nous aurons bien plus de prestance que lui et puis bientôt, oui bientôt… À cet instant en pensée nous écrivons un poème ou tout du moins une courte prose scénarisée dont nous sommes le héros, aussitôt oubliée avant d’autres questions, d’autres songes : le budget, le lieu d’achat, quand l’acheter, bref tous ces moments antérieurs à l’acte. Dans le magasin enfin, quelques questions encore, précisions inutiles mais nécessaires, comme pour ralentir l’instant de l’achat, l’instant définitif ou plus rien ne sera comme avant.

Enfin voilà : nous sommes équipés, nous sommes différents car nous portons l’appareil sur nous : poche, main, cou, oreille, sac ; qu’importe où il est il est là et chacun peut en effet le constater, le voir sur notre corps : reconnaître la marque et le modèle, deviner, désirer, ce que nous avons dessus : musiques, images, carnet d’adresses, documents, un messages lus ou écrits peut-être lus par-dessus l’épaule, un peu de nous au regard d’autres, tandis que nous le sentons tout contre, présent comme un organe supplémentaire alloué par les sœurs Grâce-Divine et Mutation-Génétique. Voilà maintenant tout est simple : comment auparavant pouvions nous vivre amputé ? Et surtout : comment font les autres ? Comment peuvent-ils supporter le monde sans ? Au fond nous les plaignons, au fond encore ces questions nous ne nous les posons pas, tout au plaisir tiré de notre nouvelle greffe.

Et puis le temps passe, jusqu’à ce que tout ceci s’adapte finalement parfaitement, confortant notre opinion passée jusqu’à oublier qu’un changement eut lieu. Jusqu’au jour où il faudra réfléchir à nouveau, non pas remettre en cause ses choix passés mais simplement les mettre à jour, suivre le mouvement, courir avec la rapide masse au galop qui évolue vite pour éviter la sélection, il nous faut agir de même et même avant, ne pas regarder derrière soi, foncer. N’être pas jugé, n’être pas ignoré, être en prise avec le corps social là où il nous semble le plus favorable d’être accroché. Voilà la vraie voie, voilà qui nous en convainc, voilà qui nous montre l’éveil permanent, la juste voie de l’attention surdéveloppée, de l’adaptation à tout prix et du combat ininterrompu car si la société nous a affranchi de nous adapter à l’environnement, nous n’aimons que trop nous adapter à la société et sautons sur tout moyen de passer d’un état à l’autre que nous voulons meilleur. Car il l’est, meilleur, cet état, n’est-ce pas ?

Mots-clés

identité   objet   techno  

2 Messages de forum

  • La juste voie 2 octobre 2010 23:00, par brigitte Celerier

    refuser - peut être pas complètement parce que c’est pose, mais refuser

  • La juste voie 3 octobre 2010 09:39, par Nicolas Bleusher

    iPadisé depuis peu.
    Et puis ?
    Le sentiment de ma transparence aux yeux des autres est toujours là.
    Peut-être un peu plus proche, désormais.

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