…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Instant

mise en ligne : mercredi 5 janvier 2011

3 janvier 2011

L’aspect bibelot des voitures garées dehors, immobiles comme les objets sur une photo, avec le trottoir vide sans personne qui passe dessus comme sur une photo prise au moment où personne ne passe dessus, avec les capots froids comme sur une photo on imaginerait qu’elles sont garées depuis toujours et pour toujours sur la photo, avec des roues qui ne s’useront plus jamais, avec des rétroviseurs qui rétroviseront toujours la même image figée par la photo de l’instant où elle a été prise – et il faut alors se demander si c’est un appareil reflex ou non qui est à l’origine de la photo de rue sous nos yeux car l’instant photographié par l’appareil reflex est absent pour l’œil qui a déclenché (le mécanisme obturateur actionne un volet qui, pendant une fraction de seconde expose la pellicule à la lumière, qui ne passe alors plus par la visée, imprimant précisément à la pellicule ce qui était cadré : l’œil voit juste avant et juste après la photo, mais pas pendant la photo) alors que pour le non-reflex la lumière passe, continue et l’action de déclencher, sur un appareil de ce type, numérique pour le propos ici déroulé, fige le monde vu sur l’écran pendant une ou deux secondes, sous l’éclairage public fixe comme un soleil sur une photo, mais un soleil moribond, gris, celui du système solaire dans neuf milliards d’années, quand il aura détruit, géante rouge, les trois ou quatre premières planètes et qu’une en particulier se sera reformée des restes des autres et du soleil rapetissant mélangés par effet gravitationnel, aura refroidi puis développé sur sa surface d’eau et de terre l’oxygène puis la vie, puis la vie technologique et ses voitures garées dans les rues en plein jour sous la lumière blafarde d’une naine blanche sur une photo prise dans l’ignorance totale des formes de vie ayant pu pré-exister à la géante rouge, phase inévitable que les scientifiques auront pu établir à partir de l’observation du reste de l’univers connu, laissant entendre dans les magazines de vulgarisation scientifiques à sensations que la vie a pu exister, ici, neuf milliards d’années plus tôt, sous un soleil beaucoup plus vif, avec un ciel certainement bleu, ou vert, et que cette vie a pu laisser peut-être, qui sait, des traces, jetées dans l’espace sous forme d’objets, mais que les chercher serait vain, dans l’immensité galactique, à moins qu’il n’en reste des traces dans ce système, préservées près des planètes les plus éloignées du système et peu touchées par la géante rouge, mais il faudrait pour ça que la forme de vie y ait pensé, ait pu le réaliser, et avoir des crédits de recherche maintenant et ce qui serait alors trouvé, cas improbable, serait-il seulement déchiffrable ?

Mots-clés

temps   paradoxe  
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