…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Imaginer (vision) par Olivier Guéry

mise en ligne : vendredi 3 décembre 2010

Je vous regardais de moins en moins à la dérobée, persuadé alors que ce simple acte de vous regarder davantage, mais pas plus précisément que quelqu’autre anonyme que ce soit, simplement plus longtemps, et plus frontalement, ne pourrait que vous révéler plus ; vous ou ce que je me croyais la nécessité de trouver, vous regardant.

J’aurais presque pu affirmer vous connaitre déjà, votre visage m’étant familier sans que je parvienne sur l’instant ni à vous reconnaitre, ni à trouver un événement auquel vous lier — et ils sont fréquents ces instants où je ne sais plus retrouver les chemins entre un individu et ce qui le lie à moi —, mais ce n’était pas une de ces situations plus agaçante que troublante : non seulement j’étais troublé mais j’avais une certitude en plus de celle que constituait mon attraction : je ne vous ai jamais croisé et votre visage m’est totalement inconnu, pas-même ressemblant à une autre de mes connaissance. J’ai poussé la pensée — je vous regardais encore, de plus en plus, et il fallait bien que je me trouve une contenance intérieure pour justifier cette intrusion visuelle, à défaut d’en trouver une extérieure — à imaginer que c’était cette non appartenance à quoi que ce soit qui puisse m’être lié qui provoquait mon attraction et mes questions ; j’y ai renoncé face à la foule tout aussi anonyme que vous qui nous entourait. Mais ce constat ne faisait que participer à l’augmentation certaine de mon trouble, sans, là était la conclusion me laissant vide, en être la cause première.

Je ne savais donc pas qui vous étiez, ni de quoi vous voir me provoquait la nécessité de recherche. À ces deux certitudes s’ajoutait une troisième qui était tout le cœur de cette situation de plus en plus inconfortable — je voyais bien dans vos yeux les interrogations qui s’accumulaient, votre regard fuyait par instant et revenait de plus en plus souvent sur moi pour découvrir avec un mélange de peur et de colère (et même vous croyant, vous, fautif, alors qu’il n’en était rien, mais je ne pouvais vous le signaler d’aucune façon) que j’étais toujours là, ou tout du moins que mon regard l’était, sur vous, sans doute en partie détaché de moi, en avant, me précédant (car vous imaginiez sans doute que je désirais plus que vous regarder, que ce regard n’était qu’un préambule). Cette troisième certitude était celle de trouver toutes les réponses par ce simple acte de vous regarder. Ne vous parlant ni ne vous touchant, aucune nécessité d’expression au visage, rien dans les rides autour de mes yeux : le simple regard que je laissais flotter sur votre visage.

Le temps passant aucune solution ne se dessinait et ainsi le regret de ne pas oser vous regarder plus encore se faisait-il plus important. Vous regarder plus intensément, ou dans un espace qu’occuperait moins de personnes, nu de toute perturbation, jusqu’à l’absence totale d’environnement, ne me laissant pas d’autre choix, même à supposer que l’impériosité actuelle cesse, que de vous regarder un instant encore. Espace définitivement clos, suffisamment éclairé et d’une couleur uniforme pour que sol plafond et murs ne fassent plus qu’un, interdisant toute notion de distance et de volume. Nous serions seuls, face à face, assis peut-être, au centre de l’espace bien que n’en saisissant en rien l’espace et donc la place que nous y occupions, annulant au maximum toute distraction. Oserais-je plus alors ? Puis-je réellement imaginer vous regarder plus intensément ? Le faire ? J’avais sans peine l’idée d’une camisole sociale freinant mon regard et l’accès qu’il m’aurait permis, le frein lui-même établi par nécessité d’éviter un dévoilement trop simple, à la portée du moindre regard pour peu qu’on y mette la petite intensité supplémentaire nécessaire — sans que cette intensité ne soit plus que du couramment possible à tout un chacun pourvu des nécessaires yeux (et encore, bien entendu, la question d’yeux étant sans nul doute bien moins que nécessaire).

Vous n’êtes plus là, j’ignore petit à petit le temps qui s’accumule depuis que vous n’êtes plus là, il n’importe plus : je vous vois encore.


 

 

 
*

 

 

Vous venez de lire un texte d’Olivier Guéry, chez qui vous pourrez lire mon texte, car aujourd’hui se transportent les Vases Communicants.

Autres vases de ce jour, vendredi 2 décembre 2010, recensés par Brigitte Celerier.

Mots-clés

visage   corps   ville  

4 Messages de forum

  • Imaginer (vision) par Olivier Guéry 3 décembre 2010 09:27, par petite racine

    Nécessité de regarder ceux qu’on ne connait pas.
    Nécessité de cette intensité.
    Et faire que ce ne soit pas qu’imaginer

    • Imaginer (vision) par Olivier Guéry 4 décembre 2012 16:08, par Deadra

      On en réclame encore tellement l’approche de ce communiqué de presse est intéressante et son sujet abordé avec beaucoup d’exactitude.

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  • Imaginer (vision) par Olivier Guéry 3 décembre 2010 19:15, par brigitte Celerier

    que j’aime le patient creusement du texte

  • Imaginer (vision) par Olivier Guéry 30 décembre 2010 06:37, par eric

    très joli texte à la narration fluide...

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