…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Des incarnés

mise en ligne : lundi 31 janvier 2011

19 janvier 2010

Il a raison Madman Claro, à propos du Carnet de Notes de Bergounioux et je le sais depuis les premières pages, lues à la Fnac d’ailleurs (oui), qu’il manque quelque chose, que le corps il est où ? Madman Claro est allé dans le fond de mon cerveau écrire ce que j’ai jamais oser penser sur le Carnet de Notes. Je continue d’admirer ce Carnet de Notes, et le reste de l’œuvre mais c’est différent. Michel Volkovitch le remarque à sa manière sur son site (il faut descendre un peu sur cette page) :

Non, ce nouvel opus n’est pas à jeter, loin de là ! Je viens d’en lire la moitié sans trop souffrir. L’auteur impressionne par son caractère sombre, son exigence rugueuse, et je ne suis pas insensible au récit d’une vie de jeune prof travaillé par la rage d’apprendre, de lire et d’écrire, tiraillé entre cette sainte fureur et les devoirs professionnels et familiaux — on a connu ça... Et comment ne pas être épaté par l’étendue encyclopédique de ses lectures et passe-temps ? Mais ce journal au ras du quotidien illustre surtout, hélas, cruellement, le danger de l’écriture diariste : on se noie dans le détail. Écrire sur soi n’a aucun intérêt si l’essentiel des faits n’est pas ramené aux autres, au général ; ici on reste loin du compte. D’autant que l’écriture de ce journal n’a pas l’âpreté, la force minérale des autres textes de Bergounioux. C’est « bien écrit », sans plus — ce qui nous satisferait chez un autre, mais nous déçoit venant de lui. Il ne commente même pas le quart des livres qu’il lit ! L’intérêt principal de l’entreprise est biographique : les insectes que l’auteur a dénichés en forêt, les truites qu’il a pêchées, ses maladies, celles de ses enfants...

Mais ne comparons pas ce nouveau livre aux précédents : il existe d’abord par eux, ne prend sens que par eux, comme un décor qui sert de fond à des statues.

Il y a un parti pris, dans les Carnets, de ne choisir du corps que ses souffrances, du monde que ses ombres et pour mieux souligner ces poids qu’il (on) se trimbale aux chevilles, P.B. indique, c’est rare, dans des gestes contraires, ponctuels, essaimés, une joie à se sentir bien, lumière à regarder le monde, les pieds dans l’eau, ligne à la main, mais cette étincelle jaillie d’un bloc de fonte s’éteint vite sur le sol froid du monde décrit par ailleurs. Car c’est souvent l’été, quelques journées où il oublie de mentionner que l’été se terminera par un retour à cet état dans lequel il ne s’appartient pas, aliéné, mais vrai que bien souvent la pensée de la fin du bonheur vient assombrir le bonheur d’une manière un peu agaçante, automatique, comme facile… Et puis se questionner aussi, forêt, rivière, poissons, insectes, cet état de nature hors du monde, d’accord, mais… et le monde alors ? N’est-ce pas pourtant là qu’on vit ?

Je tente une fiction : qu’il s’agit d’un journal-fiction ? Pourquoi pas. Un jour sur Twitter je lance un "PB 3/1/1991 “De six heures du matin à huit heures du soir près du feu, la plume à la main. J’avance de trois pages. Il a plu tout le jour”" auquel François Bon me répond qu’il faut pas croire tout ce qu’il écrit. Parti-pris, fiction, donner au monde l’effet de réel par un prisme de douleur qui met le lecteur à la place de ce narrateur particulier qui est celui d’un journal d’écrivain ?

Toujours est-il que ce parti pris, appelons le "fictionnel", m’aide, dans les moments de doute, deux fois (mais pas en même temps) : soit à retrouver l’énergie pour écrire, m’inclinant devant tant d’abnégation et alors je ferme la porte et referme les Carnets soit, et c’est allopathique, à me dire que je ferais mieux de profiter de cette vie là si je veux pas passer mon temps à "nourrir de noires pensées" face à un écran blanc, et alors je referme les Carnets et j’ouvre la porte .

Chez Verdier

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