…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Lieu où écrire

mise en ligne : vendredi 28 janvier 2011

Toujours cette longue marche dans les rues de la ville avant de m’asseoir dans un café pour écrire. Je regarde depuis le trottoir, à travers les larges baies vitrées, la couleur intérieure de ce bar, la disposition de ses tables, de ses chaises, de ses banquettes. Quelque chose ne va pas. Où est le comptoir ? Y’a-t-il des places avec dos au mur ? Et l’éclairage ? J’essaie d’imaginer l’ambiance sonore, la musique qui passe, est-ce RFM une fois de plus ? Il ne faut pas hésiter à partir quand on entend certaines notes. Préférer le brouhaha des conversations, avec Fip en sourdine, mais il y a peut-être trop de monde, trop de bruit. Je continue à marcher, à regarder par dehors, ce que dedans j’imagine, combien je pense être suffisamment bien pour écrire. Je crois voir des tableaux aux murs de celui-ci, que des reflets me masquent. Reproductions ? Originaux à vendre ? Je me déplace devant la vitrine, baisse la tête pour bouger les reflets, la série pendue au-dessus des tables semble être à dominante rouge sombre : quelle musique peut bien diffuser cette brasserie pour convenir à ces toiles ? Billie Holiday ? Madeleine Peyroux ? Quel texte puis-je écrire, sous l’égide du rouge et du jazz vocal ? Cela ne va pas, je ne suis pas d’humeur jazz vocal rouge sombre. Le soir tombe vite, je poursuis mon errance dans une rue pavée, étroite et sombre, et l’âge que je lui suppose me transporte plus loin déjà. Peut-être dans un autre siècle, dans lequel je me demande ce que j’écrirais à la lueur des bougies, les sentant diminuer, pris peu à peu par l’obscurité d’un souffle invisible, brutal et pourtant lent, qui les éteindraient les unes après les autres. Qu’écrirais-je dans cette urgence, ne sachant pas quand la dernière mèche de la dernière bougie serait sur le point d’asphyxie ? La devanture est blanche à colombages sculptés, des visages tristes de lutins supportent les poutres de l’étage, des vitres sort une lueur jaune, je distingue quelques ampoules à faible intensité et sans abat-jour, mon regard survole la porte sur laquelle je vois, sans le déchiffrer vraiment, un autocollant noir et blanc qui ressemble en tous points à ceux qui indiquent un hotspot wifi gratuit. La porte est entr’ouverte, je vois des tables sans nappes, des cadres vides suspendus sur des murs nus, unis, je goûte aux odeurs et aux sons, et je me demande ce que j’écrirais, si j’entrais ici.

Texte publié chez Arnaud Maïsetti le 4 décembre 2009

Mots-clés

écrire   vase communicant   ville  
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