…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Silhouette

mise en ligne : dimanche 17 janvier 2010

On l’appelait Docteur Ecchymose.

Il roulait souvent sur le périph, à bord d’un bolide volé dans un parking souterrain par son équipe de chirurgiens spécialisés dans l’incision de portières ; équipe qui le suivait la nuit, moto ou auto, dans un rodéo, le dernier pour les véhicules finalement broyés, brûlés, noyés.

Moi, la première fois, je me traînais, peinant à éviter les vieux camions et les jeunes 205 ivres, pédalant les pires paquebots dont personne n’avait voulu. Il était presque toujours en tête. Je ne voyais que très rarement ses feux arrières, presqu’à l’horizon, impossible à rattraper. Dangereux aussi. Car trop vite et c’était la mort. Ou pire. Trop lentement signifiait l’arrestation. Ultime honte dont on riait entre nous, mais on savait bien que celui à qui ça arriverait serait fini : il ne voudrait plus le revoir.

Je voulais gagner un jour, impossible futur, le battre était impossible et si ça arrivait, ça se terminerait en carambolage organisé à Asnières –pour le moment, j’arrivais toujours trop à la traîne pour y participer– sur les quais à pic où on avait tous peur de finir poussé par son pare-chocs hargneux.

Alors je me fixais sur le rouge de ses feux arrière, dans l’espérance folle de le pousser, lui, au fond de la Seine. On en parlait pas, trop prétentieux ; et surtout très fâcheux. Sans lui, plus de bloc opératoire dans les parkings, plus de course. Alors on riait, on le laissait gagner, épargnant à nos bolides et surtout au sien la moindre ecchymose.

10/2000

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