…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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La boîte à cauchemars

mise en ligne : dimanche 17 janvier 2010

Les nuits de Juliette s’amenuisaient de façon inquiétante, les cauchemars l’empêchaient de se rendormir. Elle avait peur et devenait triste. Après plusieurs mois de nuits trop courtes, elle osa quand même dire à son père ce qui la tourmentait. Philippe sut ce qu’il devait faire ; la dernière fois que Juliette s’était sentit mal, il était allé voir un détenteur de précieux secrets oubliés. L’antiquaire eut le plaisir de lui vendre une nouvelle boîte : la boîte mangeuse de cauchemars.

– Encore une fois la fille de Monsieur a des ennuis ?

– Oui des cauchemars l’empêchent de se rendormir.

– Et Monsieur a encore besoin d’une solution pour la consoler ?

– Oui, elle…

– La boîte qui avale les cauchemars ! Rapide, efficace, grande capacité.

Plus besoin de vous réveiller plusieurs fois par nuit pour aller consoler l’enfant victime de monstres imaginaires. Dès qu’un sursaut, un frisson, un battement de cœur en trop est détecté, la boîte à cauchemars agit, vibre comme un chat ronronne et avale goulûment le méchant rêve, comme ça, cul sec pour ainsi dire, et l’enfant retrouve un sommeil paisible, sans même avoir ouvert l’œil, sans même un câlin.

La boîte tenait dans la paume du vendeur, elle était octogonale, en bois verni pyrogravé de motifs complexes, les angles étaient net. L’antiquaire la tendit à Philippe, qui fut surpris de sa légèreté, il eut l’impression qu’en la lâchant elle pourrait s’envoler.

– Je vois votre étonnement, la boîte est vide, c’est normal. Mais une fois pleine de cauchemars, il faut la vider dans un endroit désert, dans le sens du vent pour ne pas que les mauvais rêves reviennent vers l’enfant. Vous devez la vidanger toutes les semaines, si vous attendez trop, la boîte s’encrasse et l’enfant se réveillera de nouveau en pleurs. Si on respecte cette contrainte, la boîte est très efficace, je l’ai moi-même utilisée avec succès. Je ne sais pas comment ça fonctionne, mais les résultats sont là. Une fois le cauchemar digéré, il stagne au fond de la boîte, plus très beau à voir c’est vrai. Si vous oubliez de la nettoyer, les cauchemars digérés risquent de parvenir à sortir dans votre maison. Ce ne sera plus une bonne idée que d’y dormir.

Philippe régla une somme deux fois supérieure à celle de la précédente boîte. Sans sommeil régulier et réparateur, sa fille risquait des ennuis de santé voire des mauvais résultats scolaires. Une fois la boîte déposée sur la table de nuit de Juliette, les nuits furent douces et reposantes. La boîte dévorait les cauchemars avec un bruit de succion satisfait. La digestion, Papa s’en aperçut en espionnant la boîte par le trou de la serrure, était suffisamment silencieuse pour ne pas réveiller l’enfant. Parfois, les cauchemars se débattaient, mais la boîte en venait toujours à bout, d’autant plus facilement quand elle était déjà remplie. En la vidant prudemment chaque samedi soir, la boîte à cauchemars pesait alors au moins deux kilos, on voyait des cauchemars lugubres s’extirper péniblement, se bousculant les uns les autres, et ficher le camp vers les immeubles voisins. C’est en suivant régulièrement ce rituel que Juliette retrouva enfin le sourire.

11/2000

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