…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Retour sur des lieux d’enfance

mise en ligne : lundi 28 février 2011

Retour sur les lieux d’enfance, c’est ne pas voir, tout de suite, le lieu. C’est être dans le souvenir. La couleur des briques est la même. Les toits d’ardoises sont toujours là. Les tuiles aussi et les cheminées. Même les antennes de télévision sont encore là. Le paysage est inchangé, à peine plus touffu, les arbres à peine plus grands et majestueux mais ça, on ne le voit pas et c’est de là, cet infime changement, comme quand sa vue baisse et qu’il faut que quelqu’un nous le démontre pour qu’ensuite nous admettions que nous ne voyons plus aussi bien qu’avant les feuilles d’arbres ou le visage de l’autre côté de la rue, c’est ce flou qui nous fait basculer dans le doute, doute que ce lieu ait changé, confirmation que nous ayons vieilli.

Remarquer ce qui change. Le garage Peugeot qui ne vend plus d’essence, le hangar du court de tennis qui n’est plus vert, mais bleu, le coiffeur devenu « Aide à Domicile », l’enseigne de l’électricien dont la peinture des lettres de l’ancien nom (sur cubes rétro-éclairés) a été grattée pour peindre celles du nouveau nom (une lettre de moins).

Et ce qui ne change pas. Le terrain de jeu de paume, un peu bombé et ombragé de tilleuls, l’église et la mairie face à face séparée par : la rue, la place (tour à tour parking, marché, foire) et la statue du chevalier de la Barre ; les panneaux de signalisation et les noms des villages dessus, le numéro de la départementale traversante, le marbrier même nom même enseigne mêmes échantillons.

Et ce qui est étrange, ce qui paraît déplacé. Telle personne qu’on ne connaît pas promène un enfant qui va grandir dans ce lieu qui appartient pourtant à l’histoire, au passé, au révolu, à la carte postale, au livre d’histoire, au figé. On croise quelqu’un qui sort d’une maison connue, celle d’un copain de classe, mais celui-ci qui sort, on ne le connaît pas. Cette voiture qui passe est bien trop moderne. Il y a de trop grandes fleurs métalliques dans le décor, à trois pals, sous le vent, plus grandes que les habituels pylônes haute-tension aux yeux plissés en v.

Ce qui est étrange c’est que les maisons serrées plantées là, enfant, me cachaient la campagne toute proche, c’était la ville, un point c’est tout. Rue, trottoirs, magasins, maisons. Tout ça immeubles en briques de deux ou trois étages plutôt que maisons collées les unes aux autres. La ville. Et en réalité, si proche, de ce côté-là de la rue, les prairies les champs, qu’on aperçoit en regardant au-dessus d’une grille ou tout simplement depuis le parking de la pharmacie (mais, enfant, on ne va jamais à la pharmacie). De l’autre côté de la rue, l’impression est toujours bonne, la ville et les maisons à ne plus finir : d’autres jardins juxtaposés, d’autres maisons, et une ou deux autres rues avec encore des maisons.

Là, de ce côté-là de la rue, je vois l’étendue de campagne juste derrière, comme survenue qui n’était pas là mais je devine bien leurs âges, à cette haie entre deux prairies, à ce chêne, à ce saule.

L’heure avance, le brouillard et la nuit qui s’abattent de concert sur ces petites villes, font penser à un combat inégal. Le temps est là mais ne se voit pas, si peu, qu’à des détails, telle plaque de médecin disparue, le nom du boulanger différent, plus de 2CV, de Peugeot 104, de Simca, mais des formes plus arrondies aux carrosseries, l’épicerie disparue, le supermarché rebaptisé, la gare aux nouvelles normes, etc.

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