…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Lichen

mise en ligne : jeudi 3 mars 2011

Il te demande un peu de ton attention et voilà c’est parti il te lâche plus le lichenologue il parle il peut plus s’arrêter c’est comme un train direct tu vois passer les stations rien à faire pour descendre là c’est pareil si tu commences à lire dans le métro ou le RER c’est sûr que tu rates ton changement ta station ta gare il parle il lichenologise il voyage dans sa voix il t’attrape le bras comme au coin d’une rue juste avant les forêts et ça va pas s’arrêter tu peux refermer le livre ou plutôt éteindre ton lecteur ta liseuse ton téléphone tu parles d’un temps c’est plus le temps des bateaux avec les pages papiers jaunies et pas d’aiguille des minutes aux horloges non là tu lis au téléphone et ton train est annoncé pour 18h23 et lui dans le téléphone dans les mots pixels il parle et t’as beau éteindre l’appareil il parlera encore depuis Fès ou Boumalne et à travers Paris par le dessous il est même dans le désert c’est pareil car en fait ce qui le gêne et c’est ironique et ça te fait bien rire son supplice c’est qu’il en peut plus justement des gens qui parlent et qui le lâchent pas à lui balancer à la figure la bonne vieille langue que sa mère de lichenologue lui a apprise et à le tchatcher et à l’arnaquer ou juste à ressasser l’histoire depuis Descartes d’où il peut bien s’éloigner pour aller bien loin y’aura toujours quelqu’un pour lui parler dans une ville comme elles se ressemblent toutes jusqu’au milieu du désert où c’est encore la ville européenne occidentale avec des RER partout et des rues et des gens qui te parlent c’est partout c’est comme le lichen en Île de France y’en a partout nous on le voit pas ou alors mal et c’est tout pareil mais pour lui c’est tout différent c’est subtil le lichen c’est mi-bactérie et mi-plante c’est mutant c’est double c’est parasité c’est comme la langue c’est comme tout c’est comme l’homme c’est partout c’est entremêlé et ça prolifère jusque dans ta tête et ça part d’ici et oui c’est bien ça l’homme il est une voix qui parle partout sur notre bonne vieille Terre du temps des bateaux sans doute et de maintenant c’est sûr il est la même voix même si pas la même langue peut-être sans doute dans nos villes encore plus la même voix partout comme un tourisme immobile ou un chez soi étranger quelque chose qui fait que le lichen est partout le même à quelques chimie près de l’atmosphère ambiant comme la voix est la même à quelque accent près de l’atmosphère ambiant mais là je m’éloigne peut-être trop et c’est le terminus faut que je descende

Mots-clés

désert   voix   lecture   Mahigan Lepage   ville   éléments  
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