…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Non-silhouette

mise en ligne : dimanche 17 janvier 2010

Antonine était grande, bien que ne pouvant voir au-dessus des rayons. Ses cheveux ni courts ni longs mais d’un blond parfaitement pur, changeaient de couleur chaque semaine, le lundi par exemple, il arrivait souvent qu’ils fussent roux. Toujours le lundi, elle s’habillait en rose, sa blouse étant bleu clair et ses yeux verts ne vous regardaient pour ainsi dire jamais, si bien qu’il était difficile, mais pas impossible, de se faire une idée de celles qui tournaient dans sa tête. Autour de son cou elle tripotait un collier, toujours le même, mais jamais le même pendentif. De même que pour les cheveux ou la blouse, elle en changeait plus ou moins régulièrement ; de l’animal à l’objet, en passant par la divinité ou le symbole, personne n’aurait pu décrire précisément l’ornement de son gosier, comme s’il défilait aussi souvent que les articles sur le tapis roulant.

Le bas de son corps restait bien entendu caché aux yeux de tous et ce malgré les efforts ostensibles de certains pour reluquer les invisibles jambes, pourtant agréablement fines et à peine galbées, comme si elle n’allait pas à la piscine plus de trois heures par semaine. Cette différence flagrante entre le haut et le bas, tout comme la différence de prix et de couleurs entre les rayons du haut et ceux du bas, pourra peut-être aider à résoudre les problèmes dont l’entourage d’Antonine était victime. Car vous aurez compris qu’Antonine ne ressemblait pas tous les jours à Antonine et que lorsqu’on cherchait à la voir, mieux valait se rendre au supermarché où elle avait l’habitude d’être que lui fixer un rendez-vous en face ou à côté de la fontaine Saint-Michel car malgré ses habitudes même les caissières ne la reconnaissaient pas toujours, elle devait passer pour certaines pour un article de plus. Antonine ressemblait d’autant moins à Antonine que ces multiples déclinaisons la troublaient elle-même, et peut-être était-ce la raison qui avait fait qu’un jour même sa mère crut qu’elle n’était pas sa fille.

11/2000

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