…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Du roman

mise en ligne : mercredi 6 avril 2011

2 avril 2011

C’est un plan de Paris, une double-page par arrondissement ou demi-arrondissement.

Tourner les pages, trouver le quartier, repérer la rue, suivre du regard le dédale du lieu où l’on est et que l’on va fuir, si possible le plus vite possible.

Dans les rues, ensuite, marcher, vite, sur ce sol papier froissé sur lequel s’effacent les noms des rues.

Courir pour rattraper le sens de — après quoi je cours — avant que les rues ne s’effacent, avant que le noir n’engloutisse la ville descendre dans les grottes électrifiées, par les escalators qui ne se lassent jamais de descendre, eux, véritablement sous terre.

Quel royaume mécanique là-dessous ? Nous sera à jamais inaccessible.


*

Hier soir Pierre Bergounioux m’a tapé sur l’épaule en me disant que j’allais en baver (l’écriture), puis m’a serré la main avant de, l’on s’en doute, filer à grandes enjambées vers Châtelet, le RER B, comme on l’imagine en ses Carnets de notes raconter combien il lui a fallut optimiser son trajet dans les quelques rues le séparant du quai, afin de gagner sur ce peu de temps qui nous est donné.

Et ce n’était pas un rêve, c’était après la rencontre au Centre Cerise, une invitation de la Scène du Balcon et de Remue.Net des éditions Argol, il y avait également Sereine Berlottier et Catherine Flohic, Daniel Franco était excusé. Parmi les avantages en nature à être webmaster de Remue.net il y a ces invitations à boire et dîner à la table des dieux vivants, après une soirée de lecture, débats.

Pierre Bergounioux parle de ses deux derniers ouvrages, imprimés tête-bêche, Le discours absent et Le baiser de la sorcière, et nous explique, en substance, que le roman, dans le mouvement historique, au XXé siècle, connaît un changement sans précédent dans l’Histoire de l’humanité. Ceux qui vivent l’évènement et y participent de tout leur corps, peuvent rendre compte de ce qu’ils vivent — sous nos latitudes tout le monde a reçu l’instruction gratuite et obligatoire. Homère, aveugle, bien que n’ayant jamais connu les champs de bataille, raconte le siège de Troie qui l’a précédé de trois siècles. De manière générale ceux qui font la guerre ou construisent les villes ne savent pas écrire, et ceux qui écrivent sont retranchés du monde qui se fait dans la violence de l’esclavage ou de la guerre, et/ou écrivent l’évènement dont ils ne sont pas contemporains. Bergounioux situe ce tournant dans l’histoire du roman (qu’il fait donc naître avec Homère) au moment où William Faulkner écrit :

Il faut attendre qu’un jeune Mississipien, William Faulkner, retrouve la communauté de résidence et de travail dont les écrivains s’étaient séparés dès le commencement pour que la littérature s’avise de sa propre insuffisance et restitue le sens du monde à ceux qui le font.

Et cet après-midi (à la bibliothèque Marguerite Audoux, accueillis par Mathieu Brosseau sous le titre, finalement mensonger, du "renouveau du roman", sur l’invitation de par Libr-critique et avec Fabrice Thumerel en animateur : Bernard Desportes, Pierre Jourde, Mathieu Larnaudie et Christian Prigent) le roman est à nouveau dans le discours, non du point de vue de sa place dans le mouvement historique comme hier mais du point de vue de la langue utilisée pour rendre le monde, tenter de l’approcher.

Il aurait fallu un véritable colloque (et j’ai compris qu’il y en avait eu sur le sujet) et ensuite il me faudrait ici recenser, synthétiser, mais pourquoi ici, et pourquoi si précisément ? D’avoir tenté de l’écrire, dans la confusion, puis de l’avoir effacer (ce qui m’a plu que j’aurais voulu écrire, ce qui m’a déplu car je l’ai écris sans me relire ou crains trop de l’écrire sans m’en rendre compte, comme ces faiblesses entendues, clichés et autres clins d’œil, parler aussi de mes incompréhensions à l’écoute de certains passages, mon ignorance complète de Richard Millet souvent cité, etc.) ; je sais que ces deux moments, hier et aujourd’hui, m’ont parlé de mes propres travaux en cours, d’un en particulier pour lequel la forme romanesque me semble la plus appropriée mais : qu’est-ce qu’une forme romanesque ? Il me faudrait à ce point tout laisser en plan et faire deux ou trois années d’études de lettres. Sur le roman, je me souviens d’une phrase de Flaubert, je crois quelque part dans une correspondance : "il faut que les passages faibles d’un livre soient mieux écrits que les autres." Aussi, dire qu’il est tout aussi impressionnant et saisissant, pour des raisons différentes, d’écouter parler Bergounioux que d’écouter lire Prigent.

La nuit entamée, je repense à ça, il y a quelques jours ; la langue, le mouvement historique, et essayer d’écrire après ça… Donc, oui, je vais en baver ; d’autant que je parle, je parle, mais n’écris pas, je tiens soixante pages et après, plus personne.

Se taire ?

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