…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Silhouette réaliste

mise en ligne : dimanche 17 janvier 2010

Henri mesurait un mètre soixante dix-huit, sa peau halée avec zèle révélait des yeux d’un noir hypnotique, ses joues quand il parlait remuaient avec précision et son cou était figé dans la direction de son interlocuteur, dans ce sens toujours, car Henri parlait aux autres. Il maîtrisait son discours comme son habillement, précis. Et tandis qu’il parlait, ses yeux de pendentif roulaient sans qu’on puisse s’en détacher, seul un acquiescement pouvait nous sortir de cette sorte de transe. Un sourire blanc, tracé à la règle, vous répondait. Sa coiffure impeccable, raie plaquée à droite, le brun lustré de ses cheveux ondulant à peine, que l’on devinait être le fruit d’un patient travail calculé, tout son visage offrait une image, une synthèse, une icône de perfection, d’idéal, de sommet atteint à force de travail et de ladrerie.

Son costume trois pièces repassé au pressing était bleu marine, rayé de fines verticales noires. Le pantalon avait était retouché exactement où on l’attendait, le pli léger qu’il formait avec les Méphistos cirées la veille était comme le résultat d’heures de calculs sur ordinateur. Rien au hasard, tout convenu d’avance, des courbes s’insinuant entre les droites, des angles arrondis, le motif de la cravate unique fait d’obliques ascendantes. Calculs, comme l’ordinateur portable toujours pendu à sa main gauche, auquel était branché un mobile dédié à cet unique effet : la connexion permanente à l’affût du cours. Manipuler quelques touches comme ces quelques gens qu’il avait escaladé en disséminant égoïsme et ambition.

C’est ainsi, produit calibré et affûté, qu’Henri sortait tous les matins, lisse et brillant, et s’engonçait, grimace cynique, dans le RER, frottant avec dégoût ces quidams qui lui rapportaient un peu, plus un peu.

11/2000

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