…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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À bas l’État !

mise en ligne : jeudi 26 mai 2011

L’affaire a l’avantage de faire parler du FMI, et de dévoiler un peu que c’est bien cette instance non-démocratique, banque dont les actionnaires sont à majorité américains (USA) et Européens, qui impose partout de généreux prêts contre l’échange de la mise en place d’une sans-alternative politique très libérale ; T.I.N.A..

Ô quelle humaine institution qui a aidé l’Irlande et la Grèce en leur prêtant de l’argent, comment pourrait-on en vouloir au mandat d’un membre du parti socialiste qui a tendu la main aux "nations prolétaires" ; car on apprend donc ici qu’il y aurait des "nations prolétaires", et sans doute "nations non-prolétaires" aux membres desquelles j’imagine que nous serions ? Bref, pas de lutte des classes chez nous, pas d’ouvriers, d’employés, de salariés, de chômeurs, par conséquent ? Et ailleurs pas de propriétaires fonciers, de propriétaires des moyens de productions, pas de classe bourgeoise qui possède et fait travailler ? Quel monde merveilleux, vraiment.

Très dommage qu’à un moment où l’assemblée vote une réforme de la Constitution, qui y inscrit "la maîtrise des dépenses publiques", nous ne parlions pas, en plus, de celui qui a fourni cette réforme clé en main, trois fois directeur du FMI, Michel Camdessus. Camdessus qui, comme directeur du FMI, a imposé "aux pays les plus pauvres ou en voie de développement des mesures de privatisations ou de réductions des dépenses publique d’éducation et de santé en échange de prêts aux pays concernés" (d’après Wikipédia) dans les années 80 ; cela ne vous rappelle rien ?

Michel Camdessus, le 21 mai dernier, en remplacement de Nicolas Sarkozy [1] et aux côtes de Georges Soros (parieur, joueur invétéré) et Jean-Claude Trichet (BCE) [2], dînait avec Alassane Ouattara, ancien économiste au FMI, puis directeur de la branche Afrique, actuel président de la République de Côte d’Ivoire. M Camdessus a déclaré alors : "Nous sommes venus vous rejoindre avec un immense espoir pour la Côte d’Ivoire. Un espoir que nous avons constaté que tous les Ivoiriens partageaient. Nous avons vécu une journée historique. Nous avons senti un peuple se réunir autour de son Président" [3], ceci en complet décalage avec la situation sur place, loin d’être aussi claire, loin d’être en Paix [4]. La seule chose qui soit claire, c’est que l’application des plans de privatisation du FMI se poursuit, en Côte d’Ivoire comme en Grèce, au Portugal, en Espagne, en France, partout où des pays contractent des prêts à taux usurier contre privatisations. Bref, un immense espoir de banquier.

Car c’est bien au cri de "À bas l’État !" que se rallient les capitalistes, leurs représentants aux gouvernements, dans les instances de l’Union Européenne, les organisations internationales, démocratiques ou non, qui veulent réduire les budgets publics, et utilisent la dette comme arme pour que l’argent public passe sur les marchés privés.

Il faut gonfler la poitrine pour déclamer ce qui suit, à propos de la réforme de la Constitution et de "la maîtrise des dépenses publiques" :

"Dans cette perspective, il nous faut faire preuve de bon sens, en préservant nos finances publiques, de responsabilité, en préservant les générations futures, et de crédibilité, en soutenant la signature française dans le cadre des engagements qu’elle a pris vis-à-vis de ses partenaires européens. Nous y parviendrons en fixant une règle d’or. Celle-ci substituera des lois-cadres, qui auront valeur constitutionnelle, aux lois de programmation des finances publiques, associera le Parlement à la définition d’un pacte de stabilité, permettant ainsi de mettre au service de la position française un engagement Parlement-exécutif puissant, et, enfin, instituera un monopole des dispositions fiscales, qui nous aidera à mieux maîtriser nos finances publiques" — François Baroin

Tout y est : un prétendu "bon sens", qui est sans doute universel. Un altruisme hors du commun qui voit, non pas à 1 jour comme un cours de bourse, mais à plusieurs générations dans l’avenir, et tout ça dans le cadre de l’UE, le "Pacte de stabilité" qui ne stabilise jamais le nombre de services publics, ni le nombre de lits dans les hôpitaux et cliniques, ni le remboursement des médicaments, ni la taxe professionnelle, ni la hausse des salaires… Or c’est bien cette politique de dénationalisation qui conduit à ruiner les finances publiques, à déresponsabiliser l’État (que nous sommes censés diriger par le vote démocratique de représentants du peuple) en lui retirant de la démocratie directe (réforme des communes, le conseil constitutionnel se basant sur la Constitution et non plus le parlement valide le budget, entre autre celui de la Sécurité sociale [5]…), ruiner le capital culturel et social de ces générations futures (fermetures de classes, compétences et non plus connaissances en université…) qui sont en fait les générations présentes (jusqu’à la réforme des retraites qui diminue les pensions…) ; c’est bien aujourd’hui que ça se passe et pas demain.

Quand le gouvernement dit "la maîtrise des dépenses publiques", j’entends "casser la tirelire de l’État et tout mettre en Bourse les gars !"

Ici, le texte projet de loi.

Voté le 10 mai.

Sur la Côte d’Ivoire, j’ai trouvé cette histoire contemporaine résumée.

[1] Paris-Match

[2] L’Express

[3] @bidj@n.net

[4] @bidj@n.net, source Amnesty International

[5] Il prévoit aussi d’instituer une exception d’inconstitutionnalité, permettant aux justiciables de contester devant le Conseil constitutionnel la conformité à la Constitution de lois déjà promulguées (*)

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