…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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par Carine Perals-Pujol

mise en ligne : vendredi 3 juin 2011

vendredi 4 avril, tu t'es précipité à la librairie l'escalier qui fait l'angle des rues monsieur le prince et casimir delavigne. tu te souviens de la lumière étrange, presque fantastique, qui baignait cette fin d'après-midi; la librairie sentait le bois de noyer – cette odeur spécifique d'une écorce qu'on croit mâcher – et lorsque la libraire lentement vint s'informer de ton désir, un autre homme est passé devant la boutique, passant anecdotique qui jeta une ombre difforme, réglée sur une affinité géométrique dont la clef t'échappa, sur le rayon « poésie française ».
ce jour là, tu as acheté ce cahier sur lequel tu as décidé – une fois rentré chez toi – d'écrire au jour le jour les impressions que ces jours t'auront laissées.
tu as aussi fait l'achat d'une carte montrant la ville où tu devais bientôt aller et que tu connaissais encore mal, et d'un livre, assez épais, que tu as soupesé sur le quai de la gare ( tandis que tu attendais le train que tu avais décidé de prendre quelques heures avant que le soleil ne se couche ) en te demandant s'il te fera le voyage qui te paraîtra long sinon.
le samedi 15 mars, il t'était arrivé une affaire étrange – quelque méfait dont tu n'avais pas perçu, sur le moment, l'importance qu'il allait prendre. ce jour-là, lorsqu'enfin tu prends ton train, ta conscience est plus claire; tu ne sais pas encore à quoi attribuer cette netteté de pensée; peut-être est-ce cette longue journée de pluie, et l'air humide; peut-être est-ce la certitude de cette carte que tu tiens en main – ou bien le livre, que tu soupèses encore; il s'intitule « degrés ».
parvenu dans cette ville que tu voulais voir, tu as choisi un hôtel et posé sur le bureau le cahier où depuis plusieurs jours déjà tu tentais de tenir le comput de ces événements récalcitrants et qui continuaient à t'échapper sans raison apparente. tu t'étais souvenu, alors que le train arrivait en gare de D., que cette envie soudaine d'écrire t'était déjà venue, lors d'événements non similaires mais pourtant noués à ceux-ci de manière analogique; lorsque tu en parleras, tu diras avec plus d'aisance : de manière symbolique.
ainsi, ce récit que tu as commencé le 6 avril, alors que tu commences à préparer ton départ, t'a obligé à un long retour vers les premiers balbutiements de cet événement qui t'occupe; tu trouvas étrange, dans ce train qui file en avant, d'écrire ainsi à contre-courant – mais la complexité de ce voyage commençait aussi à t'être familière.
Le 23 octobre, tu comprendras enfin, en décrivant la journée du 15 juin – une belle journée ensoleillée où, parce que tu avais oublié la carte, tu t'étais perdu dans la ville, te heurtant sous le coup d'une récurrence entêtée à la même place, devant la même église indubitable, monumentale – que ce récit invraisemblable ne saurait s'achever.

pour joachim séné lisant butor, les vases communicants.

 
 
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Vous venez de lire un texte de Carine Perals-Pujol, qui me fait le plaisir d’échanger en ce jour de Vases Communicants, avec son étrange (?) blog Globalitterature, sans doute plus que borgésien (moi qui connaît si peu cette littérature d’Amérique, d’Amérique du Sud, du Portugal, d’Espagne,…). Et, donc, son superbe texte, que j’ai le plaisir d’accueillir.

Mots-clés

lire   écrire   ville  
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