…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Lieu

mise en ligne : lundi 18 janvier 2010

Bureau étroit emmuré de gris où l’on passe du temps, trop de temps, cloisons ne s’ouvrant que pour apercevoir la ville livide et ses murs rigides et bétonnés, quatre angles dans lesquels on reste accroché à sa table à dessiner, à prendre sa règle en aluminium pour tracer une ligne droite sur le papier bleu foncé, à prendre son cutter pour couper le papier, tailler son crayon avec lequel on va hachurer, schématiser ce qu’on vous a demandé : un simple gribouillis mais il paraît que c’est important.

Il arrive quelquefois un tremblement, une vibration, par en dessous, un grondement de cascade glacée qui pénètre entre les cloisons, grogne lentement, puis déferle par les côtés, devient un cri de plus en plus en fort qui s’engouffre dans les couloirs et traverse même les vitres, plonge entre les tables métalliques et poursuit en glissant le long du linoléum, inonde tout avec tant de force que les portes blindées du sous-sol n’y résisteraient pas, une clameur de hautes vagues qui tapent, cognent. Immobile, derrière sa table, dos à la fenêtre, au milieu du cube comme si on était au coin, rien à dire, baisser la tête comme si on recevait une punition, puni et ne pas pouvoir s’envoler, submergé et ne pas pouvoir répondre, ou parfois si, mais si peu.

Si peu que ce sera évaporé comme la goutte qui tombe sur une résistance, la réponse était prévue, mais on ne s’en aperçoit qu’après, encore plus minuscule, à la même intersection d’un espace quadrillé à faire la même chose à la même heure, avec les mêmes frontières et la fenêtre, seule, derrière laquelle il arrive, parfois, que la lumière change, la couleur qui s’éclaire, les feuilles d’un arbre qui touchent le ciel, l’espoir qu’il va faire un jour assez chaud pour ouvrir et respirer.

01/2001

Mots-clés

travail   fenêtre  
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