…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Des jambes tout court

mise en ligne : vendredi 30 septembre 2011


En soutien à Anne Savelli pour sa #viedelectrice et à Didier da Silva pour ses #harleconneries.

Un cliché qui suffit à lui seul, ou presque, à éliminer un manuscrit de la pile de ceux reçus par la poste par ceux qui les sélectionnent, c’est la femme aux "jambes interminables".

Ces quilles sans fin, si belles qu’elles soient, et comme on les attend "lisses comme la soie", "douces comme une peau de pêche" ou pire encore, posent deux problèmes : l’un relativiste (l’autre, disons "freudien").

Ces guiboles interminables, illimitées, infinies, si elles ne finissent pas, n’ont ni début ni fin (nous y reviendrons), de taille infinie et par conséquent de poids infini : elles s’effondrent sur elles-mêmes (oserons-nous dire : façon trou noir ?) et emportent avec elles, non seulement la Voie Lactée (au sein de laquelle notre planète orbite) mais aussi tout l’univers : c’est le big-crunch qui n’était pas censé avoir lieu.

Ces gambettes interminables, nous pouvons néanmoins supposer qu’elles commencent quelque part. Mais où ? De deux choses l’une, soit elles commencent au sol, soit elles commencent au sexe.

Si elles commencent au sol, au sortir d’attendues bottes en cuir très chères car très hautes, interminables qu’elles sont, le protagoniste n’en remontera donc jamais les douceurs pour atteindre, de sa paume recourbée, la rondeur et les plis où se poursuivront les délices, pourtant promis par le "palpitant roman". Façon sirène, ces deux longs fuseaux dérobent à sa "virilité dressée" toute possibilité de sexualité : c’est un conte pour enfant.

Si elles commencent au sexe, d’où les voit le protagoniste ? Du sexe lui-même, c’est alors son point d’observation, il a les yeux dans l’axe des cannes sans fin, qui n’en finissent pas de descendre, de descendre pendant que lui reste là, bien au chaud, n’osant pas sortir, n’osant pas glisser le long de jambes qui sont pour lui interminablement grandes, de ce lieu il sort à peine la tête, comme dans la blague de cour de récréation ("eh ! t’as déjà mis la tête dans le sexe d’une femme ?") : c’est un retour in utero, un autre big-crunch.

*

Au commencement était le trou dans le trou. Le vagin du néant. Les demeurés de nos jours ne voient pas du tout la différence entre le vide et le néant. — Lucien Suel, La théorie des orages. 2011, Publie.Net

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Photo : Chauve-Souris, par Roa, angle Saint-Maur—Oberkampf. M.U.R.

Mots-clés

corps   lecture   nuit   cliché   paradoxe  

4 Messages de forum

  • Des jambes tout court 30 septembre 2011 14:59, par apap

    Anatomiquement parlant, difficile de prolonger les jambes jusqu’aux tarses ou métatarses en passant par le calcaneum, autant que de les abréger ou de les centrer sensiblement en dessous la tête du fémur, dans un fantasme approximatif autant que libidineux ?

    Conclusion, quel que soit le verdict, l’interminable est fastidieux, du début à la fin.

    • Des jambes tout court 30 septembre 2011 15:02, par apap

      ou, devrais-je avoir dit, de terme à terme ?

  • Des jambes tout court 30 septembre 2011 17:53, par PhA

    La prochaine fois que j’écris un roman d’amour, ce sera une histoire de teckels.

    Voir en ligne : http://hublots.over-blog.com/

  • Des jambes tout court 30 septembre 2011 22:45, par Anne Savelli

    Tu feras bien, Philippe, et je le lirai avec avidité !
    Merci, Alain, pour l’interminable fastidieux.
    Joachim, je te dédierai mes prochains twits. Et justement, en parlant de #viedelectrice : 400 pages empilées me guettent. La première, déjà, m’a laissée pantoise.

    Voir en ligne : Fenêtres open space

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