…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Le cybercafé

mise en ligne : lundi 18 janvier 2010

Ils se retrouvaient tous au cybercafé, matin, midi ou soir, s’accordant avec un fuseau horaire, bousculant quelques chaises en entrant. Immobiles, ils voyageaient à travers toute la terre, ils rencontraient le monde entier, dans ce gros village dont ils étaient locataires.

Ils pouvaient tout faire, même se faire passer pour un, une ou plusieurs autres. Tout était à la portée d’un geste de quelques millimètres, d’une faible pression du doigt. Tout était écrit là, sur l’écran où leurs visages se reflétaient, où ils voyaient des lieux merveilleux et des gens formidables. Tout était écrit là, tout de suite, en quelques lignes d’une langue peu assurée, parfois de simples signes (point-virgule, tiret, parenthèse) traversaient la planète.

Une ligne de dos courbés, de jambes repliées, des corps posés côte à côte et tordus comme des tuyaux, tapotant à peine le clavier, glissant un peu la souris ; en quelques secondes tous les écrans alignés se voyaient confier vies et secrets. Des adresses et des liens circulaient sur la totalité du réseau pendant qu’ils consommaient tous la même boisson et le même sandwich. Ils faisaient le tour des mêmes généralités avec à peu près le même avis, et tous les caractères s’affichaient les uns après les autres et petit à petit tout était effacé ligne à ligne pour être remplacé par une suite, une suite rythmée par le claquement monotone des doigts sur le clavier.

Et tout était encore effacé jusqu’à ce que la connexion soit terminée et que l’écran s’éteigne et qu’ils sortent dehors, tout étonné que tout soit encore là.

03/2001

Mots-clés

distance   corps   ville   techno  
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