…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Apocaplexie

mise en ligne : mercredi 16 novembre 2011

16 novembre 2011

En passant, après les débats entre les deux FB (Frédéric Beigbeder et François Bon) autour d’après le livre et après l’apocalypse, qui me sont venus après écoute de l’émission de Finkielkraut et lecture de cet échange (?) dans l’Express.

Le MP3 n’a pas tué l’industrie musicale. Responsables selon moi : la surproduction d’artistes calibrés, les passages en boucle sur toutes les radios et télés, voilà qui peut à coups plus sûr et répétés, tuer la diversité, la création, la profusion. Et tuées surtout, les expérimentations, ces dernières qui ont fait de l’industrie musicale ce qu’elle est : Les années 50 / 60 / 70 où seule la nouveauté payait – les années 80 commencent à étouffer ce système de synthétiseurs dégoulinants bien formatés, même si là encore c’était nouveau (après Kraftwerk sans doute) et, dans le mouvement commercial d’insupportables Alphaville, Brother louie, Depeche Mode (du début), Talk talk (avant ce revirement musical incroyable), il y eut XTC, Depeche mode (après 86 disons), The Cure, j’en passe… Après je n’entends, dans les grands médias, ce qui s’impose à nos oreilles jusque dans les cafés, les magasins, que répétition. Il y avait Claude François et Jacques Brel, Dalida et Barbara, il n’y a plus que Dalida et Claude François, le reste écrasé, renvoyé — pas assez rentable, une coupure de pub et on revient.

Aujourd’hui, quel mal font la rentrée littéraire et les bandeaux rouges à la diversité de création, à l’expérimentation, à la diffusion d’œuvres singulières qui puissent trouver les cœurs singuliers des lecteurs ?

La couverture illisible dans l’avion pour engager la conversation avec la jolie lectrice n’est qu’un problème technique et pourrait être résolu par un petit écran LCD noir et blanc au dos de la tablette.

(Et sinon ça peut être l’occasion, plutôt que nous abordions toujours la jolie lectrice, qu’elle sorte de sa lecture en sentant sur sa tablette notre regard curieux et fasse elle le premier pas en nous dévoilant enfin ce qu’elle lit…)

Et le pilon ? Terminé. L’espace disque occupé par un livre, négligeable, permet de le maintenir toujours à disposition des lecteurs. Le pilon, le marketing, le besoin de rentabilité, font disparaître physiquement les livres, quand le numérique permet de multiplier leurs occurrences, d’ouvrir toujours leurs pages.

L’odeur, le toucher. Mais si ! sur les appareils électronique ça existe aussi ! Et Beigbeder doit bien avoir lu le suffixe d’électronique pour en caresser toutes les sonorités ? Le design, la couleur, la matière comptent aussi en ce domaine : voir le dos de la Sony Touch, plus chaud que celui métallique de la Sony 550. Les liseuses, leur écran imparfait de billes d’encre électro a quelque chose d’un grain, et si c’est encore le même pour tous les livres libre à l’éditeur, comme dit au début d’Après le livre, de régler la couleur du fond de page pour chaque livre. Créer son propre grain me paraît, nécessaire ou pas, techniquement possible.

(Sur ta langue, le goût séditieux des pixels.)

La coque alu Apple choix design historique etc. Si on aimait pas tenir en main ces objets électro, Apple, au prix où c’est, n’aurait eu, pour son iPod jamais autant de succès : après tout ce n’était qu’un baladeur mp3 !

Bien sûr qu’on s’en fiche. Ce sont d’autres contraintes.

Le roman est né avec le format papier, l’imprimerie ? Il risque de mourir avec ? Et alors ? D’autres formes naîtront peut-être comme celles mortes tuées par le roman, et d’autres encore ? Sauf que le roman peut très bien être intégré dans ces nouveaux formats qui sont moins limités que le papier…

Et puis comme le dit Michel Butor, le papier restera pour les livres pour lesquels il compte vraiment : les livres d’artistes, les livres pour enfant avec formes en relief qui se déplient, la fourrure tachetée du léopard, le miaulement du chat (ah… c’est électronique ça), les livres uniques comme en ont fabriqué Butor et artistes en association.

On le voit aux USA : livres de poche et numériques en tête des ventes : le texte importe plus que le beau papier et la belle couverture ! Le texte !

Enfin pour mieux "tenir Mark Zuckerberg à distance", il suffit de laisser tomber son site… Twitter est là, et puis pourquoi ne pas se lancer dans Diaspora ?

(et glisser le doigt sur l’écran, caresser ainsi tes mots et les faire défiler, descendre jusque…)

Une fois ceci dit, que reste-t-il ? Le texte. Sa lecture. Son écriture. Sa diffusion. Bref, il reste ce que dit François Bon pour poser la question des enjeux, de où se situe la guerre désormais.

Il s’agit de sauver le texte de l’économie qui le brûle pour en faire de l’or.

(Appliquez ou non virgules et sens figuré au mot "or" à la phrase précédente.)

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