…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Beinstingel, Thierry. Retour aux mots sauvages

mise en ligne : mercredi 16 novembre 2011

Page 116.

On déménage les services tous les quatre matins. Les syndicats n’arrivent plus à suivre, c’est voulu, on nous isole, constate un collègue. C’est dit sans animosité, mais l’idée d’une vase machination prend forme. Le mot “machination” pris dans son sens le plus trivial, une machine qui se serait enrayée, un moteur emballé, quelque chose qui déborde. On regagne sa position de travail le café terminé, le repas expédié. Son travail : chose sécurisante, des chômeurs se battraient pour un tel confort de vie. Ambiance feutrée, moquette au sol, paravant bordeaux avec même de la place pour un univers personnel et l’autocollant d’un camping trois étoiles à Pornic. Son ancien chef lui avait dit en guise de consolation quand on l’avait affecté ici : Et plus besoin de te salir à passer des câbles dans la laine de verre des faux plafonds, ou entre les pattes des rats dans les conduites souterraines, veinard !

Page 244.

Le danger, oui, ce serait peut-être de croire qu’Éric existe pour de bon, faire le jeu de l’entreprise en quelque sorte, imaginer que cette identité professionnelle est librement consentie alors qu’elle a été fabriquée de toutes pièces par une organisation à laquelle on participe, morceau d’un vaste corps social.

Thierry Beinstingel, Retour aux mots sauvages. Fayard, 2010.

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Thierry Beinstingel   travail  
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