…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Google t’écoute

mise en ligne : vendredi 16 décembre 2011

Google t’écoute parler à tes amis, quand tu leur montres tes photos de vacances ou tes photos d’artiste en herbe qui partage généreusement sur le réseau Plus des créations à grain pour étendre un cercle de visiteurs toujours plus nombreux à vouloir, eux, se faire connaître aussi.

Google t’écoute aimer ce que disent tes amis. Google écoute tes doigts glisser sur des profils de femmes qui font comme toi grossir leur album photo. Google écoute tes doigts toucher l’écran sous les mots silencieux affichés qui en disent plus longs que les blagues courtes qu’ils sont. Google écoute tes doigts frapper les touches pour dire sans dire et rester silencieux en criant.

Google t’écoute commenter ce que des inconnus déclarent en des espaces étendus où les sons portent mieux, porter par un vent de pixels qui transpercent, de leurs arêtes atomiques, les peaux, les muscles, pour venir s’écrire mollement dans les mémoires vives qui s’effaceront au prochain redémarrage.

Google t’écoute si bien qu’il peut te rappeler, ici ou là, les vidéos que tu as aimées, celles que tu pourrais aimer, Google t’écoute et te connais, Google permet que tu sois trouvé, par qui te cherche, et que tu trouves, qui tu cherches.

Bien sûr, Google n’est pas le seul dans ce cas mais son nom de Google se prononce mieux dans la gorge que le nom de l’autre plus répandu, et puis tous les mots devraient se prononcer Google. Google, Google, ça gueule, gueule, gueule.

Et même si Google change de forme, de lieu d’action, de composition interne, Google est toujours là, partout où tu n’es pas, et aussi là où tu es. Là où tu seras, là où tu as été. Là où tu pourrais être, là où tu es peut-être sans le savoir.

Google a pris place dans ta poche. Le téléphone sonne et Google te passe ta bien aimée. Le téléphone compose le numéro, et Google appelle les pompiers. Google se souvient pour toi des conversations et des sentiments, des idées et des gestes.

Si Google disparaît, tu ne pourras plus sentir le monde. Si Google disparaît, le monde s’efface, il ne reste que toi au milieu d’un champ de pixels blancs, froids, qui cisaillent les yeux.

Si Google disparaît, tu disparais.

 

Texte lu à la journée Mutation du numérique organisée par le CRL-Pays de Loire

Mots-clés

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