…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Chevaux

mise en ligne : vendredi 13 janvier 2012

5 janvier 2012

J’oriente le rétroviseur de maquillage du pare-soleil passager pour voir, dans l’espace de quelques centimètres compris entre le haut du siège passager et son repose-tête haussé au maximum, le visage de ma fille, dans son siège auto, derrière, qui se perd dans le défilé rapide des immeubles, arbres, lampadaires, abri-bus. Bientôt la frappe des gouttes d’eau vient s’ajouter au bercement du moteur, et au bout de cinq minutes elle dort, juste avant que la tempête de grêle ne m’oblige à ralentir à soixante à l’heure.

*

Sur l’autoroute, nos corps à 36 mètres par seconde.

Nos corps, chacune des cellules de nos corps, passent par tous les points compris dans cette distance, en une seule seconde ; il faudrait, en marchant, plus de trente secondes pour passer par ces mêmes points de l’espace.

*

Dans Cormac McCarthy, traduit par François Hirsch et Patricia Schaeffer :

La nuit était claire et froide et les étincelles qui montaient des flammes filaient brûlantes et rouges parmi les étoiles.

De si jolis chevaux, page 16 de l’édition Points (d’abord publié chez Actes Sud). C’est simple, ça m’a fait arrêter ma lecture cette phrase. Si simple, si belle. Un tel cliché en plus, que l’on croit avoir vu mille fois dans des westerns, mais écrit comme ça, qu’est-ce qui le renouvelle ? Qu’est-ce qui rend cette image unique, comme jamais vue auparavant ? Quel rythme, ces "et", ces "f", ces oppositions, ces rapprochements, les "ét-" et "-les" d’étincelles et d’étoiles, ce simple, ce limpide, ce mouvement donné par la voix…

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