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Le mot turnover

mise en ligne : jeudi 19 janvier 2012

SSII (prononcez « esse-esse-deux-z’i »), agences web,… C’était là, il y avait le mot « Turnover », et il est toujours là, il circule, roule dans toutes les bouches, entre les lignes des CV.

Le taux de roulement des employés, ça se calcule sur une période, on compte les entrants et les sortants, par rapport au nombre total d’employés au début de la période. Turnover, le mot vient tout seul, c’est une question comme une autre : « Il y a des tickets restaurant ? » « Que propose le CE ? » « Y’a du turnover ? » Mais jamais posée à l’entretien, on la garde pour après, dans les premiers jours, avec les nouveaux collègues, à la machine à café. Sinon elle est pour avant, quand on se renseigne sur cette boîte qui nous veut un deuxième entretien. Le turnover est-il important ou faible ? Rarement faible, pas dans notre secteur informatique, sauf dans les banques, mais ça embauche peu, la SSII nous y place et après faut bouger puisque ton commercial a intérêt dans ton roulement, de boîte en boîte, six mois ici, trois mois là, encore six ailleurs et à chaque fois ce qui est produit (ou n’a pas eu le temps d’être terminé mais c’est pas grave : un autre a pris ta place) s’ajoute au CV par une glose qui gonfle le prix du jour-homme (même jeu avec celui qui prend ta place à ton tarif, ou moins cher, d’où il vient il rapportait moins). Le turnover est bon pour toi aussi car c’est bon de faire progresser une carrière en travaillant ici, puis là, de l’expérience à prendre pour la vendre ailleurs : ami roulé, tu dois rouler.

Parfois, le salaire suit (mais tu ne sais jamais vraiment combien vaut le jour-homme, en tous cas tu dois sortir de l’entretien, laisser ton commercial vendre le bout de gras au client) car c’est la règle, tout gonfle dans la bulle. Quand tu as été bien roulé – car il faut suivre le rythme, les missions longues c’est sympa pour toi, mais des courtes font aussi l’affaire, et puis « longues » c’est six ou neuf mois – tu as peut-être envie de changer de gestuelle. Au-delà des missions, ne pas changer de boîte pendant plus de trois ans peut devenir suspect, car tu dois faire avancer ta carrière et il devient de plus en plus clair que tu ne pourras pas rester dans la même boîte comme tes parents, car cela ne se fait plus, on attend pas ça de toi et surtout, vu les boîtes tu n’en as pas envie. D’ailleurs on parle d’un possible « bon » turnover. Alors tu suis le roulé-boulé en posant ta dém’ et vas vendre ton expérience en SSII à un « client final », ce qui te paraît être une bonne solution.

Et puis finalement les propositions alléchantes venant, tu repars en SSII pour deux ans, trois ans. Mais peut-être que tu trouves un client final, pour trois ou quatre ans car dans ce cas là c’est mieux vu de rester longtemps fidèle à une logique esprit d’entreprise que les SSII savent ne pas avoir. Et puis, et puis, tu tournes, tu roules, etc.

1 Message

  • Le mot turnover 19 janvier 2012 20:38

    Tant qu’on n’en perd pas la boule...

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