…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

AVERTISSEMENT :
Ce texte a été publié il y a longtemps, par conséquent, il commence à s'effacer. Les textes de plus de quatre ans sont presque illisibles. Prenez garde.
Voir la page vernis numérique pour en savoir plus sur cette patine numérique.

Lourd

mise en ligne : mercredi 4 avril 2012

4 avril 2012

J’ouvris la porte du frigo et passai la tête : trottoir hurlant, sirène des pompiers, embouteillage au feu rouge, vert, rouge, vert, camion du laitier klaxonnant, cageots du primeurs encombrant l’arrêt de bus. J’enjambai mon bac à légumes, renversant la boîte à fromages, et entrai dans la ville pour en poivrer le gaz carbonique dégagé là, pour saucer son goût de pétrole brut émulsifié, pour courir, enfin. Je trébuchai sur un clochard endormi devant la Poste et sans pouvoir me retenir à rien tombai dans la bouche du métro, flux bousculade des usagers me pressant au fond d’une rame. Plus de feux ici, ni rouge, ni vert, pas de fumée visible, rien qu’un air de corps trop proches sous l’épaisseur convenue des tissus, je me tasse sous une paire de sièges, devant mon nez écrasé les pieds piétinent mon horizon de lino usé, le poids des corps et de leurs chimères endormies sur leurs épaules pèsent tant qu’un rail casse, un voyageur devient malade, puis un autre, puis encore un autre, et puis tout le monde est malade de bile répandue au sol et un message haut-parleur annonce finalement un voyageur heureux, un autre en pleine forme et s’arrête là, fin des annonces crissantes. Plus d’annonce, rien, le silence, le vide clignotant des néons. Je me vais me frotter les yeux, je vais sortir de ces draps froissés et lourds, la lumière va passer par les rideaux, bientôt, peut-être.

Vous pouvez soutenir mon écriture en achetant un livre, en commandant une Nuit écrite à la main pour vous, en devenant abonné.e à partir de 1 €/mois via Tipee, vous pouvez aussi