…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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L’inventeur de mots

mise en ligne : lundi 18 janvier 2010

Lino tenait ferme dans sa main droite

Un stylo bleu qui traçait sans tracas

Toute une série de mots qu’encore on convoite.

Le sens de ce qu’il écrivait sans faire de cas

Jamais Lino ne le comprenait tout de suite :

Mais avec son travail et tout son soin,

Dans une précise écriture manuscrite

Il créait des mots du langages servant bien,

Permettant des phrases rares et belles,

Utiles ou pratiques. Lino était essentiel.

Lino inventait le mot, sa définition,

L’orthographe, les nombreuses utilisations,

Il écrivait aussi de courtes scènes

Pour bien définir tous les contextes possibles,

Ou bien s’exprimait en public pour qu’on comprenne :

« ‘Pot’, expliquait-il, un récipient infaillible

A faire pousser fleurs, légumes, arbustes et graines.

‘Pot’ se rempli de terre, ou de tout autre signe,

Visible pour sa capacité à faire pousser

Et à transformer en fruit ce que l’on avait

A grand peine mis en terre, comme une vigne.

On y met toute sorte d’objets inattendus :

Racines d’éther, noyaux de coquecigrues,

Plantez-y n’importe quoi et il sortira

Ce que même parfois on attend pas. »

Et c’était à chaque discours le même

Embarras dans foule, consternation polie :

Tous ces mots que l’on utilisait en poème

Ou en cuisine, adressés à l’être banni

Comme à l’être adoré, on les disait à tort

Ou comme Lino l’avait dit plus haut.

Ces mots tournaient comme toréador

Ne comprenant pas que la force n’est qu’au taureau,

Ces mots tournaient jusqu’à sortir de leur orbite,

Ou rentrer dans un placard comme des mites,

Jusqu’à comprendre qu’en réalité ils ne sont

Que des impossibles combinaisons

De sens, de sens tout autant impossibles,

Dans un monde inaudible.

06/2001

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