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Jourde, Pierre. Pays Perdu.

mise en ligne : mardi 12 juin 2012

Page 86

On songe, en marchant dans Bessèges, à toutes ces maisons abandonnées où l’on pouvait fouiller, autrefois, à condition d’y entrer par la fenêtre. On y revenait, satisfait et tracassé à la fois d’y retrouver toujours intactes les vestes pendues à leur patère, les pantalons côtelés dans l’armoire, le matelas et les draps dans l’alcôve, l’assiette, le verre, la bouteille et le couteau sur la table. Le mot de mort ne convenait pas pour désigner le sort du propriétaire. Il avait disparu. Et l’on restait embarrassé de cette disparition, de ce temps qui ne voulait plus avancer et qui butait sur on ne sait quel obstacle. On regardait la bouteille étoilée au verre opaque, couverte de poussière, merveilleuse et décevante parce qu’on ne savait pas comment la prendre : était-ce un déchet ou un vestige archéologique ? Était-elle précieuse ou nulle ? Qu’est-ce qui nous attirait, dans cette urne oblongue posée sur le plateau de bois encrassé : le geste en elle retenu, la trace de la vie, ou l’objet enfin dépouillé des gestes et du temps, rendu à lui-même ?

Pierre Jourde. Pays perdu. L’esprit des péninsules, 2003.

Mots-clés

Pierre Jourde  
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