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Janvier, Ludovic. Le pianiste penche.

mise en ligne : lundi 2 juillet 2012

Le pianiste penche au bord du voyage
il se dandine mal assis pour mieux se retenir
un arbre tout sourire est couché devant lui
du bout des doigts les grosses mains l’écoutent
là-­haut ça ferme les yeux ça retarde
et puis d’un coup de reins il se décide il tombe
à deux battoirs sur l’arbre chanteur qui sursaute
une allure aux cent doigts vous traverse
mais non la paix revient si doucement que ça fait mal au cœur
tous les regrets dans une caresse aussi lente
qu’un troupeau de chats suspendus dans l’herbe haute
le voyage a repris ça cogne au cœur ça trébuche
il pleut de vrais sanglots comme à l’instant de se quitter
après une guerre d’amour de quinze ans
tout le corps est piano la fibre
qui n’en peut plus sous les étirements nocturnes
ah qu’il cesse d’y revenir le salaud
de revenir sur la douleur crispante des bémols
c’est ça oui oui je préfère ta rafale et ta rafale encore
en remontant de l’ombre au clair jusqu’à faire sonner
l’os encore l’os et même l’osselet
nous l’avons en rêvant madame échappé
belle encore un chagrin qui n’aura fait que passer
pour dormir c’est maintenant c’est à la main gauche
pendant que la droite descend du ciel sans se poser
c’est à gauche là-bas sourdement que ça touche
à la gourmande nuit des ombres touche à
la gourmande nuit des ombres à la
gourmande nuit des ombres et silence

Ludovic Janvier. in La mer à boire. Poésie/Gallimard, © 1987/2006.

Mots-clés

distance   nuit   musique   Ludovic Janvier  
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