…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Partie I. 1.

mise en ligne : jeudi 2 août 2012

Dimanche 29 juillet 2012, 10 h 10 GMT+2, Paris, la décision est prise : je débranche.

Au-revoir les réseaux sociaux, les mails, le chat, les recherches, les sites d’actualité, les encyclopédies, les dictionnaires, les blogs, les archives, les livres numériques, les images, les vidéos, les sons, les cartes du monde, les traductions, fini tout ça, terminé les conversations, les discussions, les échanges, les trolls, les râleurs, les arguments et les points Godwin, les retweets et les likes, les replies et les partages, les lol et les smileys et les rsrsrs et les merci…, les cases à cocher et les ascenseurs verticaux (si, si), les erreurs 404 et 302, les GIFs animés et les rickrolls, les zip à downloader et les jpg à uploader, les messages systèmes et les boîtes de dialogues, les fichiers manquants et les utilisateurs introuvables, les cookies de tracking et le data-mining, le spam et les codes de réduction, terminé, fini, plus d’écran, plus de clavier, plus de souris, plus de pad, plus de boutons, plus d’écran tactile, plus de webcam, plus de photos numériques, plus de pouce, plus de câbles ni d’ondes, à peine un peu l’électricité pour mon four à chaleur tournante et mon frigo-congélateur : je retourne à la vraie vie, avec tout le poids bien pesé de ces deux mots qui commencent par v comme vaccin : vraie, vie.

Dimanche 29 juillet 2012, 10 h 11 GMT+2, Paris, après ces deux minutes tellement enrichissantes, je reviens d’un autre monde, je me rebranche enfin : quelle expérience !

Ce livre est le récit de ces deux minutes de réel dans un monde devenu trop virtuel. Si vous voyez là un cliché, une inutile annonce d’un vain moyen, un événement sans intérêt autre que de parler de moi une fois de plus sur les réseaux, ou hors, mais quand même surtout dessus, ou les deux peu importe, fussent deux minutes, deux seules petites fraction du jour (j’ai débranché de jour car de nuit je pouvais pas je dormais) si vous voyez là quelque chose d’aussi ridicule et dénué de contenu que de ne plus utiliser, par exemple : le téléphone (le fixe, car j’ai arrêté aussi le mobile pendant cette abstinence), la télévision, la télépathie, la voiture, l’avion, le bateau, le sexe, la parole, le monocycle, les espadrilles, les nombres impairs, le bus, la télévision (non, j’ai déjà dit), l’essence, le livre papier (le livre J’ai déchiré du livre papier existe déjà, je crois) si vous voyez là un remous imperceptible et futile comme aurait pu l’être l’annonce d’arrêter les annonces ou les idiomatiques anglais, le mot procrastination ou le mot improbable, le mot juste (l’adverbe de cinq lettres : "juste", pas le mot "juste", qui veut dire exact, bien que l’adverbe ait le même sens mais vous m’avez compris, je pense, j’espère), le mot bref ou le mot euh, le mot typiquement ou le mot de trop, si vous voyez là un bruit de plus, un fait divers divertissant faisant diversion, eh bien à tout ça je réponds humblement : mais ouvrez donc les yeux, débranchez, vous aussi (à ne pas confondre avec "débranchez-vous, aussi", qui dans certains services hospitaliers pourrait avoir des conséquences qui vous retomberez funestement sur la conscience), retirez-vous (doucement quand même), faites exil, ermitage comme je l’ai fait et osez le faire, et osez le dire, osez le avec au moins autant de sérieux que moi !

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