…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Partie I. 6.

mise en ligne : mercredi 8 août 2012

Je me reposai, aussi. Depuis l’ouverture de mon premier blog en 2004, je n’avais pas arrêté, j’étais, je le dis objectivement et sans rougir : hyperconnecté. Je me reposai, j’essayai cette technique qui consiste à fermer les yeux, c’est à dire clore ses deux paupières simultanément, ce qui me demanda de l’entraînement, de longs entraînements souvent frustrants, habitué que j’avais été à avoir les yeux ouverts sur tout, et parfois même sur les plusieurs niveaux de tout, tel l’être au cerveau démultiplié, cerveau réseau, ordinateur humain, web fait homme. Je dormis de longs instants, découvrant au passage la conjugaison de ce verbe que j’ignorais : dormir. Je dors, tu dors, il dormira, nous dormissions, vous dordussez, ils dorurent. J’étais grillé, vanné, tancé, remué et, las enfin, pouvais me détendre, me déposer, me répandre, le monde réel m’avait à sa botte ! Quel bonheur ! Le sombre sommeil, le repos sans pareil, éveillé, fonctionnait tout aussi bien que l’enfer électrique et écran. Plus besoin, par exemple, de consulter les sites météorologiques pour savoir comment m’habiller : il me suffisait de prendre mon parapluie et mon écharpe, de sentir avec ma peau et mon nez, et j’étais près à affronter les nuages, les merveilleux nuages. Été 2012 : me voilà ! Etc. J’étais partout reposé, devant la télévision encore mieux tant il vrai que la télévision est loin d’être connectée et j’y découvris la météo, prodigieuse révélation. Les ondes alpha de mon cerveau balayaient mes préjugées et ma formation, mes idéaux épuisants et leur cortège de polémiques ; l’écran de la télévision, mais l’ampoule de la lampe de chevet tout aussi bien, me furent des réconforts inimaginables avant. J’étais le vide yogique, l’éther fibre impalpable de tout ce qui existe, j’étais uni au monde comme jamais je ne l’avais été — à part avant ces deux minutes bien sûr, mais d’une autre manière, comme ce qu’est le yang ou ying, ou vice-versa, bref j’étais du côté pile, j’étais le pôle nord de l’aimant (tant il est vrai que le sud n’indique rien du tout), j’étais le positif du triphasé, l’inverse du connecté bien évidemment, mais l’évidence prend parfois de longues et douloureuses pages pour s’écrire, et sauf aussi peut-être en ces mois jadis et oubliés de douceurs liquides qui sont un Monde, un Songe, ces mois de création, de fabrication, intouchés du dehors, protégés et moelleux, ces mois qui furent pour moi comme pour nous tous l’éternité avant la sortie, ces mois qui sont la déconnexion première, Matrice de toutes les déconnexions, relié que nous sommes par un câble unique et solide mais de chair et non de métal, je fus en ces deux minutes non loin de cet état, renaissance à l’œuvre, avant le langage, avant tout.

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Mots-clés

rêve   paradoxe   nuit  
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