…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Partie I. 5.

mise en ligne : lundi 6 août 2012

Je décidai alors de descendre les chutes d’Iguazu à la nage après un saut sans parachute ni même combinaison ailée, pour innover encore et en voulant peut-être voler la vedette à Vesna Vulović. Plouf. Je retrouvai mon corps, mon élasticité, et sortis les trois cent pages de mon roman en cours d’écriture (sur lequel j’avançais jusqu’alors à mots hésitants, tâtonnant les nuits fraîches de cet été éteint sur les murs blancs des facebook désertés, tandis que ne passaient même plus dans la rue à ces heures trop tardives les scooters des livreurs de pizzas et de sushis (je veux dire des livreurs différents, quoiqu’après plusieurs nuits le livreur de Sushi-Blues peut devenir celui de Vésuve-Express suite à une rupture de contrat (pour ne pas dire odieux licenciement boursier si tant est que Sushi-Blues soit coté en bourse, peut-être au second marché) qui le fait passer du poisson cru à l’œuf jeté dans la pâte retournée d’une calzone un peu trop cuite façon parenthèse de trop dans le fluide flux d’une pensée en révolte contre elle-même) et que ce n’était pas encore l’heure de la première prière à la mosquée semi-clandestine de l’immeuble voisin, bref la zone, le seul endroit où écrire finalement, même mal, et que le paragraphe tremblant dix fois recommencé ne pourrait pas me servir de petit déjeuner) qui furent rédigées quasiment automatiquement et à la pointe bleue de mon Waterman acheté pour l’occasion tout neuf au Duty free. Je tremblai d’étonnement et repoussai la pointe de narcissisme qui, inévitablement en pareille occasion, ne peut s’empêcher de percer la modestie implacable que j’avais reçue comme un don à 10 h 10 et quelques. Quant au roman en tant que tel, que je relus intensément aussitôt mon maillot de bain rincé, au bord de la piscine de l’Hôtel Das Cataratas, il était tout simplement sublime (mon roman, mais l’hôtel aussi) si loin de tout ce que j’avais écrit auparavant (également loin de l’hôtel, si tant est qu’on puisse comparer l’écriture à un hôtel qui possède des murs porteurs, des poutres, des échafaudages), sur blog et en ePub, en PDF ou en DOC, ou en TXT, ou en tweet, bref en bits grossiers regroupés par 8, 16 ou 32 (64 depuis que j’avais acquis tel nouvel ordinateur) qu’une telle critique m’était possible tant l’objet final était loin de moi, extérieur, universel, moi-même m’étant extérieur, autre. Malheureusement, être déconnecté demande une vigilance animale de chaque instant et bien que mon cerveau reptilien se fut développé au-delà du raisonnable, j’avais parfois, sur ce plan, des baisses de régime : je perdis le manuscrit unique, écrit bêtement sans papier carbone, au cours de la soirée open-bar du soir. 

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Mots-clés

écrire   eau  
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