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"Un homme possède un nom."

mise en ligne : mercredi 3 octobre 2012

2 octobre 2012

Le prisonnier, série, démarre à bord d’une Lotus Seven, ainsi le livre de Christine Jeanney, par épisodes de 48 paragraphes de 60 mots, contrainte pour infiltrer le Village. Le rythme est créé, il s’emballe malgré sa fixité apparente, et l’histoire de la série vue se dessine, par la fillette, tête posée sur les genoux de son père.

Coudes et retours dans ce sous-sol, dans la sous-rue de la sous-ville, à l’intérieur nous sommes, entrée de pyramide. Lui sait des choses. Écarte largement le WAY OUT une fois descendu de voiture, KAR 120C inscrit sur la plaque minéralogique, lui sait ce que disent les sigles, le sens caché des initiales, il pourrait l’expliquer.

Un père qui s’endort, le samedi après l’usine – quand Numéro Six a sous le crâne des secrets que les services éponymes tentent de récupérer, jusqu’à fouiller ses rêves, retourner ses poches, et la boule blanche toujours là, sur la plage qui délimite, la grosse boule blanche qui s’approche, qui asphyxie, be seing you – et qui mourra.

IL. Au fond du tiroir est retenu son double, et il aura beau secouer ses pas, rien ne pourra décoller ses semelles des semelles de papier de son double anesthésié dans la machine. Et par la bande, nous sommes figés, coincés sur une chaise, dans un salon ou une salle d’attente, dans la foule lente d’un grand magasin.

Le double-jeu des "il", un monde double hors l’écran et dans l’écran, une porosité, répétition des samedi après-midi, quelque chose grandit, veut s’enfuir, mais personne ne quitte le Village ; "que le roi et le fou soient parfaitement identifiables, ils se ressemblent tellement parfois, je n’y pense pas mais ça signifie peut-être quelque chose."

Où sommes-nous ? je ne sais pas d’où je parle, depuis le canapé collé au mur, les mollets ronds croisés sous mon corps à l’indienne, ou de mon corps, le même vieilli de quarante ans de plus, en un endroit qu’il n’a vu que sur carte et sans s’y arrêter, pourquoi l’aurait-il fait.

Un texte difficile (à tout niveau) dans lequel on entre par le rythme obsédant des paragraphes de 60 mots. Le passage de la série racontée à la narratrice qui raconte est fluide et troublant, le tissage est lent, la mère fait du repassage dans le fond. Quand le père meurt, c’est toujours un jour d’enfance, pas de dénouement.

un homme possède un nom / les phrases les paragraphes s’étagent et quelqu’un marche tout en haut pendant un laps de temps / Je m’imagine qu’un samedi après-midi suffit, rond comme une perle, une boule, la boule blanche, j’en caresse le contour avec les doigts, je tente / quand même, des indices, il se passe quelque chose.

Lotus Seven, de Christine Jeanney, est paru le 18 août 2012 chez Publie.Net.

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