…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Sur les marches

mise en ligne : vendredi 12 octobre 2012

12 octobre 2012

Je prenais un café en terrasse de la brasserie, face à l’hôtel de ville d’Asnières. Un mariage à youyous, tambours, tambourins, trompettes, hautbois, sur les marches, au soleil, tout le monde dansait, la mariée en robe blanche et bouquet de fleurs était bien belle, le marié cravaté de beau lui aussi, deux demoiselles d’honneur en robes vertes assorties, les enfants apprêtés, des vieilles dames à foulard coloré, d’autres à chapeau, des nœuds papillons, et tout le monde danse, et les youyous. Et j’étais là comme un con avec les larmes aux yeux, oui ça me fait pleurer de les voir si beaux, si heureux, ici, sur ces marches ensoleillées, car j’ai pensé aux laids, aux Copé, Fillon, Sarkozy, Hortefeux, Devedjian, Le Pen et toute la clique de laidrons de la pensée qui voudraient interdire tout ça, qui voudrait faire croire que les cultures mélangées ça marche pas, voire même si possible en faisant porter à certains le chapeau de la crise, et faire passer par diversion (et je ne dis pas que d’autres ne pratiquent pas d’autres diversions, mais aujourd’hui c’était comme ça) le poids des inévitables réformes, à propos desquelles Christine Lagarde (FMI) dit :

"En faisant baisser les prix des facteurs de production, en particulier le prix du facteur travail, on espère rendre le pays plus compétitif et plus intéressant pour les investisseurs étrangers. On le voit déjà un peu au Portugal, en Espagne, et on commence à le voir un peu en Grèce." (source)

Il faudrait souligner trois fois ce "un peu", "un peu en Grèce", l’écrire en capitales, grossir la police de ce caractère débordant de gras ; c’est là-bas le laboratoire de la finance : qu’est-ce qu’une population peut endurer ? Jusqu’où les "réformes" peuvent aller ? Jusqu’ici, ça passe, ça passe.

Cette semaine ma rue a été rabotée, nettoyée, remise à neuve, un bitume brillant neuf, d’un noir que nous aurions aimé lire décrit par Rimbaud, travaux effectués en moins d’un semaine (c’est une petite rue) par une quinzaine d’ouvriers, extrêmement sympathiques, dévoués, lève-tôt, ils ont refait ma rue alors que je n’avais rien demandé, d’une politesse extrême et ne rechignant pas au sacrifice : prêts à faire tout ce travail à ma place, conduire la raboteuse, le rouleau, les différents camions, la tractopelle, prêts surtout, sans un mot de contrariété, à respirer à ma place les odeurs cancérigènes, ces vieux au visage de dix ans de plus que leur âge, ces jeunes aux poumons encore presque frais, tous me laissant en fin de semaine une rue propre et aérée.

*

Et peu importe les unes des journaux, la diversion des divertissements, les phrases à scandale et les top-tweets, l’objectif est là, pour tout le monde : la Grèce, le coût du travail bas, la compétitivité dans le marché globalisé, c’est à dire avoir, en Europe, partout, un coût du travail compétitif face à la Chine, au Bangladesh, aux usines du monde, et peu importe le coût humain, comme en Grèce où nous ne sommes qu’au début : la moitié des moins de vingt-cinq ans au chômage, plus de 20% de chômage, 20% vivent sous le seuil de pauvreté, des pensions réduites, les services publics sacrifiés, y compris l’éducation, la santé… C’est dit, c’est un début, ça commence à marche un peu. L’objectif est donné, des journées de travail pour une poignée de dollars, partout dans le monde. Préparons-nous au pire, et chantons et buvons tant que nous en avons la force.

*

Collage des unes proposé par André Gunthert

1 Message

  • Sur les marches 13 octobre 2012 08:30

    Des frissons dans le dos... Si vrai, si bien décrit, si bien écrit... Le monde a déjà connu de tels moments, il y a déjà eu des crétines Lagarde, il y a déjà eu des expériences "un peu réussies" de libéralisme forcéné. Même à l’échelle d’un pays. A-t-on déjà oublié le Chili et Pinochet, l’économie libérale et les "Chicago Boys" , le "miracle chilien" des pauvres toujours plus pauvres et plus nombreux, des riches toujours plus riches et moins nombreux ? Mais à l’échelle du monde, c’est nouveau... C’est effrayant !

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