…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Supraliminal

mise en ligne : jeudi 18 octobre 2012

16 octobre 2012

J’écoute la radio six secondes chaque matin.

C’est mon radio-réveil, il se met en marche et ça me prend deux à trois secondes pour émerger, entendre ce qui se dit et frapper dessus pour l’éteindre. Oui, c’est un modèle qui permet de l’éteindre en frappant dessus, et je suis plutôt rapide, pour le matin. Il se remet en marche après quelques minutes de silence, alors je dois répéter l’écrasement deux ou trois fois et voilà mes six secondes d’informations quotidiennes assimilées et après ça je suis complètement réveillé, j’ai désactivé l’alarme, me suis levé.

Ces six secondes quotidiennes, au plus, me suffisent à juger de l’état du monde car je fais confiance aux éditorialistes, politologues, chroniqueurs, spécialistes, invités pour être venus ici, dans cette diffusion large, "la plus écoutée" ("le matin", ou "par les français", ou "en 2011"…), bref ce lieu culturellement élevé qui a fait la synthèse de tout, qui cristallise tout, qui retransmet "l’essentiel" ("de l’actu", ou "de l’info", ou "de ce qui se passe dans le monde"…)

Je suis aléatoirement branché sur France Inter ou France Culture, tout dépend dans quel sens le chiffon, le jour du ménage, a passé sur la molette de réglage des stations, il m’arrive de tomber sur Europe 1 ou RTL, certains jours la chute est un peu plus rude. Et ces six secondes me donnent l’état du monde, en un résumé fidèle qui condense les préoccupations du moment par le mot, ou les quelques mots, qui parviennent à ma conscience avant que je ne cogne. Je considère ces six secondes aléatoires (car la molette de l’heure de l’alarme a pu elle aussi bouger de quelques minutes, ou d’une heure) comme la synthèse de la synthèse, le sondage d’un panel de l’essentiel, l’enquête journalière que je mène.

Six secondes de murmure supraliminal avant un café qui devient, dès lors, inutile, mais que voulez-vous : l’habitude.

Par exemple en ce moment je dégaine assez vite, aussi entends-je chaque matin un seul mot, et je n’ai jamais autant entendu les mots : "compétitivité", "les économies", "L’Europe", "l’objectif", "les créanciers", "mesures", "compétitivité", "les économies", "L’Europe", "les objectifs", "compétitivité", "créanciers", "indispensable", "il faut", "a décidé", "les économies", "les mesures", …

Oui, plusieurs fois par semaine, avant que je n’ai le temps d’abattre mon poing, "compétitivité" est lancé. Un autre jour ce sera "restructuration", paf ! Autant "d’indispensables" que je frappe du poing, frappe, frappe. Chaque matin, le même sport.

Ça sort du poste pour que ça entre dans ma tête et j’essaie de le faire rentrer dans le poste.

Au fond, qui tape qui ?

Mots-clés

nuit   politique   objet   temps  
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