…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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Affronter

mise en ligne : lundi 3 décembre 2012

29 novembre 2012

Ici, dans nos villes en paix, on ne sait quel est l’assiégeant de l’assiégé, quelle soumission aux ordres de quels ordres, quel vent dispersera tel vent, quelles défaites pour prix de quel nouveau chant de sirènes transformé en panneaux d’élection.

Qu’est-ce que change la navigation libre, le fait de choisir le chapitre par lequel commencer, dans ce livre, Affrontements, d’Arnaud Maïsetti ? Le livre pourrait être linéaire, dans Chemins, d’abord journal, puis récit, puis topographie, puis des visages, puis l’on aborderait les Jours. Ou la route inverse, ou n’importe quel ordre de lecture possible grâce à la navigation actuelle, et qui sera pour celui qui le choisit, une linéarité.

Ce que ça change, c’est d’abord la décision de lecteur de pouvoir/devoir choisir un chemin plutôt qu’un autre, et pour ce texte en particulier, ça compte, et cela accentue le parallélisme des textes : ils ne se suivent pas, il n’y a pas un début et une fin, avec une séquence unique entre deux, il y a, et c’est la forme qui le prouve et aussi le mouvement de lecture, une permanence, il y a un partout qui domine les lieux et le temps, il y a la langue (et donc la lecture choisie qui la fait dire) qui se conforme à ce monde, contre, tout contre, pour mieux le dire, pour mieux l’affronter.

Nous ne sommes pas vraiment d’ici. Nous sommes venus de loin pour venir jusqu’ici sur la ligne de front. Nous sommes seuls.

La langue qui affronte cette forme est celle d’une solitude, d’une voix dans une nuit d’autres affrontements. Un de ces affrontements sera sous forme papier, et ce ne sera pas le plus exigeant, dès lors que la version numérique existe, mais ce sera l’un d’eux, qui pourra aider à nous dresser face à ce monde, l’escalader, peut-être (et puis il y aura le QR-Code à la fin du livre, permettant d’obtenir la version numérique), car "les pourparlers de paix ont remplacé la paix, on ne les distingue plus des pourparlers de guerre".

Nous sommes en temps de guerre. Nous sommes un temps où la guerre est partout qu’on aille ou qu’on parte, dans les rues qui s’allument au soir qui tombe, dans les villes d’aube sale et noire qui s’effondre, dans des champs vides, dans chaque corps qui marche sur chaque rue qui passe, où chaque ville devance la peur de la combattre.

Et tant mieux si Proust est difficile à lire, et Arnaud Maïsetti aussi, ce qui est facile ne nous force pas à (nous) poser des questions, cela nous endort quand le difficile nous éveille ; la question du divertissement-culturel à prendre en compte, que tout ce qui se trouve sous le label Culture est là pour nous divertir comme la télé ou le film d’action (action policière ou amoureuse), pour faire diversion, c’est une tactique de guerre, pour nous montrer des mondes faciles d’accès et faire croire que notre monde l’est aussi, quand il n’en est rien et "qu’il faut absolument trouver des instruments qui nous permettent de dire ce que nous n’arrivons pas à dire" (Butor).

Quant à l’œuvre d’Arnaud Maïsetti, quelle est-elle, où est-elle ? Sur son site, monde à lui seul, tout simplement, en quelques carnets où il vous choisirez de plonger ; il faudra (re)poser la question du saut dans le web.

Voix des poussières enfin, dont on fait des vitres d’immeubles pour organiser le monde.

La lecture de Mahigan Lepage.

Mots-clés

guerre   écrire   Arnaud Maïsetti   lecture  
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