…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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mise en ligne : jeudi 20 décembre 2012

19 décembre 2012

Alors en voyant ce panonceau "Chers adhérents et clients, veuillez faire sceller tous vos articles susceptibles d’être vendus dans le magasin merci de votre compréhension" je me suis tout de suite reconnu, étant donné que ce magasin m’a fait, de livres en appareils électroniques, de films en câbles et rallonges, l’encre des cartouches, les feuilles A4 mais aussi les piles A6 et AAA, les petits plaisirs d’un livre de cuisine, les affres philosophiques des collections S.F., le temps d’un voyage d’un guide touristique, la découverte d’un mouvement artistique, ce magasin m’a fait, alors j’ai demandé à ce qu’on me scelle.

Le gars m’a regardé drôle et a d’abord refusé mais quand je lui expliqué qu’il fallait me sceller parce que j’étais moi-même un produit de son magasin, que chaque jour il vendait des petits morceaux de moi à d’autres, tel dessin animé de mon enfance, tel livre étudié au bac de Français, telle théorie politique qui a formé ma jeunesse, tel gâteau marbré si souvent mangé, tel roman policier dont je connais l’issue, bref, tout ce que ce magasin génèrait comme profit il le devait à la vente parcellaire de moi, corps et ce qu’il y a à l’intérieur, certains appellent ça âme, ou esprit, ou identité, ici prêt à être scellé je dirais produit.

"Voilà je suis le produit de votre magasin monsieur scellez-moi !"

Et on vient de me sceller les poignets dans le dos pour me conduire, non pas dans le magasin, mais dans une voiture qui, je l’espère, m’emmène dans le magasin d’usine, l’entrepôt-maison, le siège-social, le lieu où tout se crée, je vais voir mon origine et ma destinée de produit culturel.

*

Ce texte est bien sûr en clin d’œil amical à Cécile Portier

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