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Des illusions

mise en ligne : mardi 8 janvier 2013

Interview de Michel Serres dans le JDD, je parlais déjà de Petite Poucette ici.

Pourquoi s’en prendre à ce brave homme qu’on peut croire tour à tour de gauche, humaniste, généreux, etc. ?

Il me semble que s’en prendre à : un académicien, nommé en 1994 "Président du Conseil scientifique de La Cinquième, la chaîne de « télévision de la connaissance, du savoir et de l’emploi », lancée par Jean-Marie Cavada, sur décision du gouvernement d’Édouard Balladur" [1], qui crée un spectacle pour la ville du Mans dont le "thème est la conservation du patrimoine, de la cathédrale, du vieux-Mans et du bestiaire représenté dans la ville" [2] qui est peut-être bien, ou raté, utile à faire sans doute, pourquoi pas mais surtout comment savoir vue la "représentation unique" !, qui est chroniqueur sur France Info et qui, enfin, "a été nommé officier de l’ordre national du Mérite en 1987, puis promu commandeur en 1997 ; il a également été nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1985, puis promu officier en 1993, commandeur en 2001 puis Grand Officier le 14 juillet 2010" [3] ; devrait être notre pain quotidien. Et encore n’ai-je regardé que dans Wikipédia, et n’ai-je lu aucun de ses livres, rien que des interviews, articles etc., car, après tout, pourquoi lire des livres que l’on n’aime pas ?

Et je ne m’appesantis pas sur des Luc Ferry, car il me paraît plus nécessaire de démonter les illusions très solides sur "la gauche". Mais peut-être y a-t-il des illusions aussi sur "la droite", qui ne serait pas "extrême" ?

*

Je déteste écrire (avoir à écrire ?) ce genre de texte.

*

JDD : La crise est-elle bientôt finie ?
MS : La crise financière, c’est probable.
Nous sommes soulagés d’apprendre que le capitalisme a enfin résolu, en 2012, ses contradictions structurelles ; il faut dire que ce n’est pas évident à constater dans la vie de tous les jours, où certains doivent se battre longuement, où d’autres sont oubliés depuis 30 ans.

Mais en fait c’est bien simple car elle était dans nos têtes !
Cette crise d’ailleurs, c’est principalement le malaise dans nos têtes devant les immenses changements qui sont à l’œuvre.
Michel Serres nous soigne de ce mal en nous.

Nous étions 50% d’agriculteurs à la fin de la guerre et ils ne sont plus que 1%.
S’il parle ensuite de la population mondiale, il y reste ce "nous"…

JDD : Petite Poucette a commencé par devenir trader…
MS : Oui, si on veut !

Cette association entre "nous" (il y a une notion de génération qui est aussi un peu discutable sur le sujet de la "surinformation", moins que sur le sujet de l’emploi dont il n’est pas question [4]) tous qui serions donc des "Petites Poucettes", et le 1% des propriétaires de capital et de bulles qui se jouent des nations et de la démocratie via le mécanisme de la dette [5] est plus que choquant, non ?

De suite après, à propos des "échanges instantannés" :
On a vu ce qui s’est passé pour la musique. Cela a foutu en l’air le marché du disque… Parce qu’aujourd’hui le rapport numérique/financier est très difficile à maîtriser.
Quelle analogie peut-on établir entre le marché financier et l’industrie de la musique ? J’ai du mal à piger. Le marché du disque foutu en l’air par le MP3 ? Je ne vois pas vraiment en quoi, si c’était vrai (les majors tuent seules et très tranquillement la création en réduisant chaque année le nombre de nouveaux artistes produit et en calibrant la majorité de ce qui sort à un fantasmé besoin du public qui uniformise le son de la bande FM), ce serait un "changement de civilisation"…

Serres semble content des changements en cours, puisque ce ne sont pas eux, pas principalement en tout cas, qui bouleversent le monde en ce moment, ces changements qui n’ont pas changé en quelques décennies, ayant toujours pour but de rendre la France et les pays d’Europe "compétitifs" face au reste du monde, comprendre que l’objectif est la réduction du coût du travail, par tous les moyens : diminution des pensions et de l’assurance chômage, privatisation de ce qui appartient aux travailleurs de services publics, d’entreprises publics etc. La Grèce est le modèle à suivre parce que c’est le monde tel qu’il est, et que l’économique n’est pas tout, et rien dans le récent discours du "socialiste" Ayrault ne contredit cela non plus, citons ici la conclusion d’un discours enrobé de phrases de bonnes intentions plus que vagues et publié par Le Monde :
"La France doit être plus accueillante à la prise de risque, à l’innovation économique et sociale."

Serres est pour moi l’intellectuel "de gauche" qui porte tous ses espoirs de monde meilleur dans de légers ajustements du capitalisme qui est bien sûr le meilleur-système-à-l’exclusion-de-tous-les-autres, T.I.N.A. There Is No Alternative, tout va bien, pas besoin de changement de régime, pas de classes sociales en lutte, pas de dictature financière organisée par l’UE, le FMI et la BCE, les grecs vivent l’effondrement de leur nation dans leurs têtes, les famines organisées par la spéculation ne sont pas dans les ventres mais dans les têtes, Petite Poucette comprends-tu ? Et puis j’ai appris aussi, dans le même genre, que "pour le moment, l’énergie nucléaire est la plus propre" [6].

Est-ce que j’exagère ? Peut-être que ce qui me sépare le plus de Serres, et pour simplifier, est qu’au contraire de ce genre de pensée "de gauche" (dont un Front a même pris le mot, pour faire croire que ça marche), je ne crois pas que la démocratie-parlementaire fonctionne pour les peuples. Mais de cela, n’avons nous pas encore suffisamment de preuves ?

Au moins dire les illusions que vendent et revendent les partis qui se revendiquent de gauche, ne plus jamais les acheter. Les mots nous manquent pour qualifier ce qui est vendu, cette adhésion complète au "modèle européen" qui est celui de l’Union Européenne, de sa commission de directives aux ordres du FMI, cette novlangue dans laquelle "sauver" veut dire "détruire", "expliquer" veut dire "imposer" etc. Les mots nous manquent pour qualifier ce que cette politique d’alternance emprunte au fascisme, au totalitarisme, à la dictature, sans l’être mais en étant : autoritaire (les grèves n’aboutissent qu’à de piètres concessions temporaires et se font disperser dans la violence policière), indiscutable (il faut, les indispensables réformes, les réglementations, dans le cadre de l’UE, toute autre voix ne passe pas le filtre médiatique), non représentative (ouvriers 20 fois moins présents dans le Parlement que dans le pays [7]) etc., etc., les mots manquent pour dire combien Michel Serres se trompe en voyant un "changement de monde", en voyant que "Petite Poucette a 30 ans, et dans dix ans, elle prend le pouvoir […] elle changera tout cela…" ; "changement" est un mot d’une faiblesse sans nom, un optimisme sans fondement, quand l’humanité est ainsi poussée dans l’abîme par des guerres pour les ressources, des révoltes écrasées dans le sang, des révolutions volées, des ventes d’armes florissantes, des guerres rentables, des États bradés, des banques de finances toutes puissantes commandant aux gouvernements ; quand l’humanité ne connaît aucune structure politique capable de désaisir la bourgeoisie et l’aristocratie financière du pouvoir, voir l’échec de SYRIZA dépassée par l’alliance des sociaux-démocrates et de la droite ...

[1] Source : Wikipédia

[2] ibid

[3] ibid

[4] la quantité de contrats (dont des précaires) nouveaux depuis 15 ans, le turnover et le nombre d’entreprises que chacun connaît dans sa vie active, les délocalisations et les relocalisations, le off-shore et le near-shore, les restructurations permanentes, les menaces sur le CDI, sur les conventions collectives, sur le code du travail, sur les pensions, sur…

[5] Voir cette vidéo courte, et celle-ci plus longue, où l’on comprend que lors d’un emprunt, l’argent est littéralement créé par la banque, puis détruit à chaque remboursement, ne restent que les intérêts ; également que la monnaie en circulation est privatisée, puisqu’issue des banques commerciales pour des raisons qui sont expliquées ; également que le mécanisme de la dette tient les nations par le fait même de réformes pensées par des banquiers et des politiques (Pompidou, par exemple, était les deux à la fois) et que le fruit de ça est la spéculation intensive sur les emprunts et les risques, phénomène qui n’existait pas avant 1971 et qui s’amplifie depuis…

[6] Source Interview par Résistance Inventerre

[7] Source : Le Monde

Mots-clés

Michel Serres   politique  
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