…atelier ouvert de Joachim Séné, écriture…

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et le feu est passé au vert

mise en ligne : vendredi 18 janvier 2013

17 janvier 2013

Le feu est encore rouge. Arrêtés, dans une sobre et discrète Toyota gris métal, sorte de berline presque luxueuse, en tout cas plus confortable que nécessaire pour se déplacer d’un point A à un point B et retour, un couple bien mis a largement passé les soixante-dix ans. L’homme au volant, en costume gris, chemise blanche et pochette rose, la femme à ses côtés en tailleur gris, foulard jaune et, au cœur, une fleur jaune. L’homme parle comme on le fait en voiture, en inclinant légèrement la tête vers son interlocuteur mais sans quitter la route des yeux.

Alors il parle comme ça, de côté, en regardant le feu qui doit bientôt changer de couleur, il semble préoccupé et peut-être confie-t-il ses préoccupations à sa femme qui, je le vois, ne l’écoute pas, elle a la tête appuyée bien trop, ayant roulée à droite même, c’est à dire vers la route, yeux fermés et bouche ouverte : au mieux elle dort, mais elle est morte, je le vois bien à son immobilité trop extrême, quelque chose que l’on sait sans savoir pourquoi on le sait, à voir une peau que le sang n’irrigue plus, que "la vie a quitté". Il doit croire qu’elle détourne la tête, qu’elle ne l’écoute, refuse de répondre, qu’elle n’est pas d’accord et il va peut-être insister, s’emporter, lui dire des mots durs qu’il regrettera ensuite, quand il saura. Et je vois cela, et je trouve injuste de savoir avant lui : elle est morte et il ne le sait pas encore.

Mots-clés

ville   mort   visage  
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